À Iconi, les barrages ont été levés dimanche 17 mai, au lendemain d’une semaine de forte mobilisation contre la hausse du prix du carburant. Cette décision est intervenue après la prière mortuaire organisée en hommage aux victimes d’Anjouan, dans une atmosphère marquée par le recueillement et l’émotion.
À l’issue de la cérémonie, le représentant des jeunes d'Iconi, le Syndicat national des Commerçants (Synaco) et le syndicat des transporteurs Wusukani wa Masiwa ont pris la parole pour expliquer les motivations du mouvement et rappeler leurs principales revendications. « Iconi est en deuil après les décès sur l’île d’Anjouan. Ce n’est pas un moment de célébration », a déclaré Adinane Youssouf, un jeune de la ville, en ouverture des interventions. Il a ensuite exposé les trois principaux points qui ont conduit au maintien des barrages durant six jours. Le premier concerne l’économie locale, fortement dépendante de la pêche. Selon lui, toute augmentation du prix du carburant affecte directement les pêcheurs, les vendeuses de poisson et de nombreuses familles vivant des petites activités liées à la mer. « La pêche fait vivre nos mères, nos enfants et nos épouses », a-t-il rappelé.
Le deuxième point évoqué porte sur l’accès à l’éducation. Adinane Youssouf a souligné que la hausse du carburant risquait d’alourdir les frais de transport des élèves et des étudiants. « Avec l’augmentation du carburant, comment les enfants pourront-ils continuer à aller à l’école ? », s’est-il interrogé. Les organisateurs ont dénoncé certaines pratiques dans le transport en commun, notamment les taxis déposant les passagers avant leur destination finale afin de leur imposer un second trajet payant. Les manifestants exigent désormais que les taxis assurant la liaison Moroni-Iconi respectent intégralement le trajet sans arrêt imposé à Bonzami. « Cette pratique n’est plus acceptable », a averti le jeune intervenant.
Prenant ensuite la parole, le président du Synaco, Abdou Boina, a appelé à privilégier l’apaisement après les tensions enregistrées ces derniers jours. « Que cela soit la dernière fois », a-t-il déclaré, en référence aux pertes humaines survenues à Anjouan. Il a également salué l’unité affichée durant la mobilisation, remerciant Wusukani wa Masiwa, la région de Bambao ainsi que « le peuple comorien qui a su dire non ensemble ». Pour lui, la suspension provisoire de la hausse du carburant, annoncée samedi soir par les autorités, est le résultat d’une mobilisation collective et pacifique. « Ce n’est pas une victoire individuelle, c’est celle du peuple », a-t-il insisté.
Abdou Boina a aussi annoncé l’ouverture prochaine d’un cadre de concertation entre l’État et les représentants de la population afin de discuter de la question du prix du carburant. Il a par ailleurs indiqué qu’Iconi accueillera désormais le siège principal du Synaco. De son côté, le porte-parole de Wusukani wa Masiwa a rendu hommage aux habitants mobilisés depuis le début du mouvement, notamment aux pêcheurs et aux femmes du marché. « Les pêcheurs d’Iconi ont été les premiers à se lever », a-t-il affirmé, saluant également « le courage et l’engagement du peuple ».
Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité de préserver la dignité et l’unité du mouvement. « Nous sommes prêts à nous sacrifier pour défendre les intérêts du peuple, mais toujours dans le respect et la dignité », a-t-il déclaré. Le syndicat a réaffirmé sa position sur les frais de transport à Iconi. « Aucun habitant d’Iconi ne doit être obligé de payer deux taxis pour un même trajet. Nous nous sommes mobilisés contre la vie chère et ce combat doit rester collectif », a conclu le porte-parole.
El-Aniou Fatima
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