La récente réorganisation des horaires de travail dans les administrations publiques, fixés de 8h30 à 17h30, suscite de nombreuses interrogations au sein des familles comoriennes. Si cette mesure vise à renforcer l’efficacité et la discipline au travail, elle a également mis en lumière les difficultés croissantes rencontrées par les employés pour concilier vie professionnelle et responsabilités familiales. Depuis plusieurs mois, de nombreux parents employés de l’administration constatent une réduction significative du temps consacré à leurs enfants, en particulier en semaine. Cette situation engendre un stress permanent et un sentiment de déséquilibre, avec des répercussions possibles sur la vie familiale et l’éducation des enfants.
Afin de mesurer l’impact concret de ces horaires sur la vie quotidienne, nous avons recueilli les témoignages de plusieurs employés administratifs, parents pour la plupart. Tous décrivent des difficultés croissantes à maintenir un équilibre entre leur travail et leur rôle au sein de la famille. Pour de nombreux parents, cette organisation du temps de travail se traduit par une pression supplémentaire. Entre obligations professionnelles strictes et responsabilités parentales, le dilemme est constant. Beaucoup craignent que cette situation n’ait, à terme, des conséquences négatives sur l’éducation et l’épanouissement de leurs enfants.
Fahima, 30 ans, assistante comptable et mère de jumeaux de deux ans, en témoigne avec émotion. Elle explique que ses nouveaux horaires ont créé des tensions au sein de sa famille, notamment avec sa mère, âgée de 52 ans, devenue malgré elle la principale personne chargée de la garde des enfants. « Elle me reproche souvent de lui imposer cette responsabilité. Elle aimerait aussi avoir du temps pour elle, et je la comprends », confie Fahima. Faute de moyens financiers suffisants pour inscrire ses enfants à la crèche, elle se sent piégée. Pour elle, la solution passe par une meilleure prise en compte des réalités familiales : « L’État devrait soutenir davantage les familles, et les employeurs gagneraient à faire preuve de plus de flexibilité. »
Raissa Harouna, secrétaire générale dans l’administration publique et mère de deux enfants âgés de 5 et 7 ans, partage un constat similaire. Souriante au premier abord, son visage s’assombrit lorsqu’elle évoque son quotidien. Le système de pointage l’oblige à quitter son domicile très tôt, sans aucune tolérance pour les retards. Heureusement, une cousine l’aide pour la garde des enfants. « Mais le soir, je les retrouve souvent déjà endormis. J’ai l’impression de passer à côté de moments essentiels », regrette-t-elle. Son mari, employé à l’aéroport, rentre lui aussi tard, ce qui accentue le sentiment de déséquilibre au sein du foyer.
Les pères de famille ne sont pas épargnés. El-Amir Mlindé, 38 ans, infirmier d’État, raconte avoir dû cumuler plusieurs emplois pour subvenir aux besoins de sa famille. Malgré ses efforts, il confie un profond sentiment de culpabilité. « Je suis rarement présent pour mes enfants. Mon rôle se limite presque à assurer les dépenses, alors que je devrais aussi participer à leur éducation », explique-t-il. Les contraintes liées aux transports prolongent encore ses journées, au point de rentrer parfois après 20 heures, sans même partager le dîner familial.
Abdoulkader Chaehoi, fonctionnaire lui aussi, vit une situation tout aussi délicate. Lui et son épouse travaillent tous deux dans l’administration et doivent s’organiser pour s’occuper de leurs enfants. L’aide de la grand-mère, souffrant d’hypertension, n’est plus suffisante. « Nous faisons comme nous pouvons, mais cela devient de plus en plus difficile », reconnaît-il. Il arrive souvent qu’il quitte son poste temporairement pour aller chercher les enfants à l’école avant de retourner travailler, restant joignable en permanence.
Ces témoignages soulignent l’urgence d’un dialogue entre autorités publiques et employeurs. Une réflexion concertée permettrait d’imaginer des solutions plus souples et mieux adaptées aux réalités sociales. Aménagement des horaires, aides financières pour la garde d’enfants, soutien au développement des crèches ou programmes spécifiques d’accompagnement des familles pourraient constituer des pistes concrètes. Car favoriser l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, c’est aussi investir dans le bien-être des travailleurs et dans l’avenir de la société. Comme le rappelle un adage bien connu, une société qui soutient ses familles se donne les moyens de bâtir un avenir plus stable et plus humain.
Hamdi Abdillahi Rahilie (stagiaire)
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