Selon les recherches présentées par l’historien Haddad Salim Djabir, Directeur régional du CNDRS, le premier sultanat de Mohéli remonte au XVIIe siècle avec Cheick Mouhdhoir Ben Aboubakr. Bien avant l’avènement du sultanat unifié de Ramanetaka au XIXe siècle, l’île était déjà organisée en cités-États puis en sultanat de cités-États placées sous une autorité d’un pouvoir délégué.
Qui a véritablement instauré le sultanat à Mohéli ? Cette question était au cœur d’une conférence de presse animée le 15 juin 2026 par le directeur régional du CNDRS et conservateur du Musée de Mohéli, l’historien Haddad Salim Djabir. S’appuyant sur des manuscrits, des archives et des travaux de recherche scientifique, l’historien a affirmé que le premier sultanat de Mohéli fut instauré au XVIIe siècle par Cheick Mouhdhoir Ben Aboubakr. À cette époque, l’île était organisée en plusieurs cités-États dirigées par une autorité exerçant à la fois un leadership religieux et politique. Selon ses explications, Mohéli était alors structurée autour de six grandes entités territoriales : Mifouni, Fumboni-Hoani, Hayraha-Mwalimdjini, Mbadjé (Sambani et Bandadju), Mlédjélé et Mfoungué-Chouani. Ces cités-États constituaient les fondements de l’organisation politique de l’île avant l’émergence d’un pouvoir centralisé.
Au cours de son exposé, Haddad Salim Djabir a présenté des éléments attestant de l’existence de trois grandes dynasties ayant marqué l’histoire politique de Mohéli avant l’instauration du protectorat français en 1886 : la dynastie hadhramie, la dynastie malgache et la dynastie Al-Busaïdi, originaire d’Oman et de Zanzibar. Les recherches menées retracent l’évolution du pouvoir sur l’île depuis le XVIIe siècle jusqu’à la disparition du sultanat à la fin du XIXe siècle. Elles mettent en lumière la continuité historique des institutions sultaniennes de Mohéli et le rôle joué par plusieurs souverains dans la construction de l’identité politique de l’île.
L’historien a toutefois rappelé qu’une étape majeure de cette histoire intervient en 1832 avec l’arrivée du prince malgache Ramanetaka, devenu le sultan Abderrahmane Ier après sa conversion à l’islam. Père de la future reine Djoumbe Fatima, il est considéré comme l’artisan de l’unification politique de Mohéli. Sous son règne, l’île passe d’un système de cités-États à un sultanat unifié. Il met également fin à la relation de vassalité qui liait Mohéli au sultanat d’Anjouan, renforçant ainsi l’autonomie politique de l’île. La conférence a également mis en lumière le parcours exceptionnel de la reine Djoumbe Fatima, née à Ouallah-Mirereni. Devenue souveraine en 1849 après la disparition de son père, elle demeure l’une des personnalités les plus marquantes de l’histoire comorienne. Son règne est notamment associé à la création de l’Ordre de l’Étoile de Mohéli en 1851, symbole du prestige et du rayonnement de la monarchie mohélienne.
L’exposé a également évoqué l’influence croissante de la dynastie Al-Busaïd à travers le mariage de la reine Djoumbe Fatima avec le prince Saïd Mohammed Ben Nasser Al-Busaïdi. Cette alliance politique et dynastique a favorisé l’intégration de l’influence omanaise et zanzibarite dans les affaires du royaume et permis la transmission du pouvoir à leur descendance. Pour Haddad, ces travaux contribuent à une meilleure compréhension de l’histoire de Mohéli et à la préservation de son patrimoine culturel. La conférence a suscité un vif intérêt auprès des journalistes, chercheurs et passionnés d’histoire, témoignant de l’importance accordée à la sauvegarde de la mémoire collective et de l’identité historique de l’île. À travers cette relecture du passé, l’historien rappelle que les origines du sultanat de Mohéli ne commencent pas avec Ramanetaka au XIXe siècle, mais trouvent leurs racines dès le XVIIe siècle avec Cheick Mouhdhoir Ben Aboubakr, considéré comme le fondateur du premier sultanat de l’île.
Riwad
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