L’annonce par le chef de l’Etat, dans son discours à la nation du mardi 5 mai, d’une hausse du prix à la pompe n’a fait que confirmer l’inéluctable, et accentuer la peur du lendemain au sein d’une population déjà confrontée à une multitude de crises. Si Azali Assoumani s’est gardé de donner le moindre chiffre, préférant laisser au gouvernement le soin de communiquer par arrêté, la perspective même de cette augmentation, est déjà en soi une équation à plusieurs inconnues.
La mesure était dans l’air depuis plusieurs semaines, elle sera effective sous peu. Sa mise en œuvre reste tout de même délicate en raison de ses conséquences économiques et sociales inéluctables. Pour les professionnels du transport, l’impact serait direct. Ba Mkoni, un chauffeur de taxi, desservant la partie nord de la capitale, anticipe déjà les effets : « Si rien n’est encore décidé, on sait que l’augmentation de plus de 20% du prix à la pompe va nous forcer à la répercuter sur les tarifs du transport. » Et de préciser « Si le litre passe à 900 FC, voir 1000 FC comme on le murmure, il sera très difficile de rester à 300 FC. Le prix pourrait augmenter entre 350 et 400 FC. » Dans la réalité, le FMI a déjà fait allusion à la hausse des prix, par une simulation jusqu’à 13,5% d’augmentation du prix de l’essence sans jamais appeler directement le gouvernement à passer à l’acte.
Concrètement, un usager effectuant des trajets quotidiens verrait ses dépenses mensuelles passer de 12 000 à 16 000 FC, soit une hausse d’environ 30%. Une augmentation des tarifs du transport entraînerait mécaniquement une hausse des prix des produits de première nécessité. Le panier de la ménagère serait ainsi directement affecté. Alors que l’inflation était estimée à environ 1,9% en 2025, cette situation pourrait la porter entre 2% et 2,5%. Bien que ce niveau reste en dessous du seuil de vigilance fixé entre 4% et 5% par le FMI, une aggravation de la crise pourrait fragiliser l’économie nationale et compromettre le programme de redressement en cours avec les partenaires financiers.
Pour les organisations de la société civile, la Fédération Comorienne des Consommateurs en particulier, toute mesure, doit tenir compte de son impact sur la population. « Ce qui aurait été mieux, c’est qu’avant toute hausse, ils nous fassent une démonstration sur la structure des prix, et l’impact que cela aura sur les ménages », nous a confié Nasra Mohamed Issa, la présidente de la FCC. Et cette dernière de continuer sur la rencontre que son organisation a eu avec le secrétariat général du gouvernement. « Il y’a deux jours, nous avons eu une rencontre au secrétariat général du gouvernement, où on nous avait dit à peu près la même chose que ce que le chef de l’Etat a annoncé lors de son discours. »
Face à une inflation potentiellement plus forte, certains évoquent une hausse des salaires des fonctionnaires comme mesure compensatoire. Cependant, une telle décision comporterait des risques importants pour les équilibres budgétaires de l’Etat. La principale préoccupation du FMI reste le niveau de la masse salariale. Si celle-ci atteignait environ 76% des recettes en 2011, des efforts ont permis de la réduire. Depuis 2023, dans le cadre du programme appuyé par la Facilité Élargie de Crédit (FEC), une discipline budgétaire accrue a contribué à stabiliser la situation. Aujourd’hui, la masse salariale se situe autour de 56% des recettes, soit environ 65 à 80 milliards FC en 2025. Un niveau déjà jugé élevé par le FMI, rendant toute augmentation supplémentaire peu envisageable. Le gouvernement se retrouve ainsi face à un choix cornélien, augmenter les prix des hydrocarbures avec des répercussions sociales immédiates, ou maintenir les subventions au risque de fragiliser les finances publiques.
Imtiyaz
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