La grève illimitée déclenchée par le Syndicat national des transporteurs, Usukani wa Masiwa, est entrée ce jeudi dans son quatrième jour. Après des jours de blocage quasi total, aucun compromis n'a été trouvé entre le syndicat et le gouvernement. Partout sur l'île, et notamment dans la capitale, la mobilisation s'étend, tandis les interpellations se poursuivent.
La crise a commencé samedi 10 mai, lorsque le gouvernement a publié les nouveaux tarifs à la pompe. Le président Azali Assoumani avait justifié cet « ajustement » par la fermeture du détroit d'Ormuz et un baril au-delà de 110 dollars, promettant des mesures d’accompagnement. Mais c'est au troisième jour que la tension a franchi un palier. Mercredi, des véhicules blindés ont été déployés aux principaux carrefours de Moroni. Dans plusieurs localités voisines de la capitale, des échauffourées ont opposé jeunes manifestants et forces de l'ordre. Le gouvernement, qui n'avait engagé aucune négociation sérieuse mardi dernier, a changé de ton : il parle désormais d'« atteinte à l'ordre public ». Vingt-six jeunes, dont des femmes, ont été interpellés dans la soirée. Aucune mesure d'apaisement n'a été annoncée.
Sur le terrain, la stratégie sécuritaire est visible : patrouilles renforcées, contrôles aux entrées de la ville, et menaces de poursuites. Région par région, la paralysie s'installe. Dans plusieurs villages, les routes sont barricadées avec pierres et troncs d’arbre, des jeunes montent la garde, déterminés. Les points de ramassage des taxis-bus sont vides depuis lundi. Fonctionnaires et salariés du privé tentent l'auto-stop, souvent sans succès. Par ailleurs, en pleine capitale, certains établissements scolaires ont suspendu les cours depuis mercredi après-midi jusqu'à nouvel ordre.
Le secrétaire général d'Usukani wa Masiwa a quant à lui réaffirmé la ligne du syndicat après une nouvelle réunion infructueuse avec les autorités : « Nous continuons la grève. Nous n'avons pas eu de réponse positive du gouvernement. Nous avons une seule revendication : revoir le prix du carburant. Il faut baisser les prix. » Le Syndicat national des commerçants (Synaco) a rejoint lui aussi le mouvement. Lundi, seuls les marchés publics étaient ouverts, mardi, Volovolo et Chindo cha mbwani ont fermé à leur tour. Seuls quelques commerçants de denrées alimentaires s'éparpillaient ici et là. Paradoxalement, les boutiques de quartier restent ouvertes en province, dernier rempart contre la faim : « Si nous fermons, c'est la pénurie assurée », explique un épicier. Mais les stocks s'amenuisent, faute de camions de livraison depuis Moroni.
Alors que la grève s'étend et paralyse plusieurs secteurs, le gouvernement n'a toujours pas présenté de plan de baisse des prix, se contentant d'un abattement douanier de 40% sur les produits de première nécessité annoncé la semaine dernière. Sur le terrain, les citoyens observent un contraste : d'un côté, des transporteurs qui répètent vouloir rester pacifiques, et de l'autre, un État qui déploie des blindés et multiplie les interpellations.
Pour l'heure, Usukani wa Masiwa maintient son mot d'ordre, faute d'accord : pas de reprise tant que les prix ne baissent pas. Quant au gouvernement, il appelle à reprendre le dialogue. Entre les deux, ce sont les routes vides, les écoles fermées et les marchés à moitié clos qui racontent, jour après jour, l'évolution d'une crise qui, loin de s'apaiser, s'enracine village après village.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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