La grève illimitée contre la hausse des prix du carburant se généralise et continue de paralyser une grande partie du pays. Après les transporteurs, les commerçants, pêcheurs et artisans ont rejoint le mouvement. À Moroni comme dans plusieurs localités de Ngazidja, les habitants peinent à se déplacer tandis que de nombreux commerces gardent leurs rideaux baissés. Les grévistes exigent une baisse des prix à la pompe décidés par le gouvernement, et dénoncent la dégradation des conditions de vie de la population.
Cela fait deux jours que le pays tourne au ralenti. Wusukani wa Masiwa, le Syndicat national des commerçants (Synaco) ainsi que les pêcheurs et autres artisans ont lancé un mot d’ordre de grève illimitée pour protester contre la hausse des prix du carburant. À Moroni, les citoyens ont dû parcourir de longues distances à pied, faute de transports en commun. Quelques-uns seulement ont réussi à trouver un véhicule. C’est le constat fait le lundi 11 mai, premier jour de la mobilisation déclenchée par Wusukani wa Masiwa. Dès 6 heures du matin, de nombreux habitants ont pris la route en direction de la capitale. Écoliers, étudiants et travailleurs tentaient de trouver un auto-stop sur une route nationale presque déserte. À Moroni, la circulation était exceptionnellement fluide, seules quelques voitures personnelles étant visibles.
Mohamed Chakir, 20 ans, élève en terminale C au lycée de Moroni, avançait sac au dos dans l’espoir de trouver un véhicule pour rejoindre son établissement. « J’ai marché depuis Mdjoiezi, dans le Hambou, pour trouver une voiture. Je dois aller à l’école, j’ai un devoir de chimie ce matin. Apparemment, je pense que je vais arriver à pied. Cette situation est difficile. Mais il faut reconnaître que, cette fois-ci, les chauffeurs ont raison. L’augmentation du prix du carburant est trop importante. J’espère que le gouvernement va réduire ces prix », confie-t-il.
« S’il y en a qui vont souffrir, c’est bien nous, les citoyens lambda », déplore Mariata Saïd, accompagnée de sa fille. Sur la route depuis 6 heures du matin, elle cherche désespérément un moyen de transport pour conduire son enfant à l’école Maison des Enfants.
« Je crois qu’on va retourner à la maison. Même si je trouve un auto-stop pour y aller, comment vais-je faire pour le retour ? J’ai l’habitude de prendre un taxi, mais le chauffeur m’a dit qu’il ne travaillerait pas aujourd’hui. Il doit suivre la grève. Le gouvernement ne fait qu’aggraver nos conditions de vie chaque jour. Les ministres, eux, ont des voitures avec dotation de carburant, leurs enfants sont dans de grandes écoles privées et leurs chauffeurs les emmènent déjà à l’école », dénonce-t-elle.
Le mot d’ordre du Synaco a également été suivi par plusieurs commerçants. À Moroni, seuls les deux marchés publics sont restés ouverts lundi dernier, tandis que la majorité des grands magasins ont gardé leurs rideaux baissés. Les cellules de Ngazidja ont affirmé que le mouvement se poursuivrait jusqu’à une baisse des prix du carburant. Ce mardi 12 mai, deuxième jour de grève, la mobilisation s’est renforcée. Les petits commerces du petit marché de Moroni comme ceux du grand marché de Volovolo ont fermé leurs portes. Seuls les vendeurs de nourriture ont poursuivi leurs activités, « par solidarité avec la population », selon un commerçant.
« Nous n’avions pas suivi le mouvement lundi. Mais aujourd’hui, nous avons décidé de faire grève. Cette situation nous touche tous. Nous savons que ce ne sera pas facile, car nous avons des familles à nourrir. Mais il vaut mieux souffrir dans la dignité pour une noble cause que sourire tout en vivant dans la misère. Parfois, je me demande ce que ceux qui entourent le président lui conseillent exactement. Et ces ministres, quelle est réellement leur mission ? Ce que nous vivons dans ce pays est grave. Comment comprendre que le chef de l’État, malgré cette situation, ait voyagé avec une délégation de 11 membres ? C’est de l’irresponsabilité », s’indigne un vendeur de vêtements à Volovolo.
Les pêcheurs et vendeurs du port de Moroni ont également rejoint le mouvement ce mardi. Dans une déclaration, ils ont annoncé la suspension de leurs activités jusqu’à nouvel ordre, réclamant eux aussi une baisse des prix du carburant. À l’heure où nous bouclions ces lignes, aucune négociation n’avait encore été engagée par le gouvernement pour une sortie de crise. Un mouvement qui semble gagner chaque heure qui passe l’adhésion de la population, confrontée à une multitude de défis tels que celui de l’eau, de l’électricité, de l’accès à la santé et à l’éducation.
Nassuf Ben Amad
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