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Hausse du carburant: Deux morts et plusieurs blessés à Anjouan

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Hausse du carburant: Deux morts et plusieurs blessés à Anjouan © : HZK-LGDC

La douleur est encore vive à Mutsamudu après les événements tragiques de vendredi soir et samedi matin à Pagé. Deux jeunes sont tués par balle, Attoumani Saïd et Karim Ousseine, de Pagé et d’un quartier de la banlieue de Mutsamudu. Plusieurs autres ont été blessés dans un climat de tension provoqué par la hausse du prix du carburant. Dans les rues, les marchés et les quartiers populaires, une phrase revient avec insistance : « Ils ont utilisé des balles réelles... » Ces propos traduisent à la fois la colère, l’incompréhension et la peur qui ont envahi une grande partie de la population.


L’enterrement des deux jeunes hommes tombés sous les balles, a marqué un tournant émotionnel dans cette crise sociale. Devant une foule bouleversée, le père de la première victime, également chef du village de Pagé, a tenu des propos qui ont ouvert un autre débat sensible, celui du recours à la force publique et de son usage disproportionné. « Ces militaires n’allaient pas venir si vous ne les aviez pas appelés », a-t-il déclaré sous l’émotion. Face à la montée de la colère populaire, les autorités ont annoncé une baisse provisoire du prix du carburant afin de calmer la situation. Le gouvernement espérait ainsi relancer progressivement les activités économiques et convaincre les transporteurs de reprendre le travail. Pourtant, malgré cette décision, les taximen restent méfiants et refusent toujours de circuler dans plusieurs localités d’Anjouan.

Cette hésitation illustre la profondeur de la crise actuelle. Les chauffeurs estiment que la mesure gouvernementale manque de garanties claires et durables. « Nous ne sommes pas sûrs, puisque les stations avaient déjà acheté le carburant à un prix très élevé », confie B. Soilihi, chauffeur de taxi à Mutsamudu. Beaucoup craignent que la réduction annoncée ne soit que temporaire et que les prix repartent rapidement à la hausse, laissant encore les taximen dans l’impossibilité de travailler sans pertes financières. Un autre chauffeur évoque les difficultés accumulées après plusieurs jours sans activité. Une semaine entière sans recettes a plongé de nombreuses familles dans une situation critique. Les dépenses quotidiennes continuent alors que les revenus sont totalement arrêtés. À Mutsamudu, l’absence de taxis hier dimanche montre que la confiance n’est pas encore rétablie entre les transporteurs et les autorités.

Au-delà de la question du carburant, la population continue surtout de s’interroger sur l’intervention militaire à Pagé. Beaucoup comparent cette situation avec celle de Ngazidja et Mwali où les protestations avaient duré plusieurs jours sans provoquer de morts. Pourquoi, à Anjouan, la crise a-t-elle dégénéré si rapidement ? Quant aux conséquences de cette paralysie, elles vont au-delà du secteur des transports. L’économie tourne au ralenti, plusieurs écoles sont restées fermées et les administrations sont désertes. La circulation des biens et des personnes étant perturbée, certaines familles ont commencé à ressentir des difficultés d’approvisionnement alimentaire. Les cinq blessés de Pagé, dont deux dans un état grave, ont quitté Anjouan samedi soir à bord d’un kwassa en direction de Mayotte pour recevoir des soins.

Younes


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