L'agence britannique Reuters citée dans un article de Mayotte La 1ère affirme que la France craint une contagion de la rébellion islamiste de Mozambique vers les Comores. Hamidou Said Ali, expert en sécurité maritime a accepté de répondre à nos questions.
Question : Quel est le niveau d'exposition au risque du terrorisme aux Comores, voisines de Mozambique ?
Hamidou Said Ali: Les Comores, comme cela a été évoqué par plusieurs analystes de la région, et, malgré l’adoption d’un islam tolérant, ne doivent pas ignorer la possible influence des groupes djihadistes qui s’éveillent à quelques kilomètres de nos côtes, notamment au Mozambique. La présence des groupes terroristes Al-Shebabs, connue comme une secte islamiste « Ahl Sunnah wa Jama'ah », en Tanzanie et au Mozambique, Etats avec qui les Comores partagent des frontières maritimes communes doit susciter des inquiétudes. Cela s’ajoute également le fait que ces Etats sont, depuis des lustres, des destinations privilégiées des Comoriens, et dont le flux migratoire est motivé, soit par des liens familiaux, soit par des études ou par le commerce.
Question : La France, une des grandes puissances mondiales et dont les services de renseignements sont réputés efficaces, ne cache pas son inquiétude face à une très probable contagion du terrorisme aux Comores…
H.S.A: L’extension du terrorisme maritime dans l’océan Indien préoccupe non seulement la France pour les territoires sur lesquels elle exerce le contrôle dans la région (La Réunion, Mayotte, les îles Eparses) mais également les autres puissances étrangères telles que l’Union Européenne, les États-Unis, la Grande Bretagne et la Chine... L’intérêt particulier que représente l’Océan Indien pour l’économie mondiale nécessite aujourd’hui une implication de ces acteurs lorsqu’une menace se fait sentir. Si les Américains et les Britanniques se battent pour le démantèlement et la démilitarisation intégrale de l’archipel des Chagos et, d’une manière plus générale, à la création d’une zone de paix dans la région de l’Océan Indien au respect de la résolution 56/16 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, c’est justement aussi par crainte d’une éventuelle menace terroriste dans les Etats de cette région. Cela vaut également de la stratégie de l’Union Européenne et de la Chine qui craignent à des menaces transnationales liées au terrorisme et dont les conséquences affecteront directement les échanges commerciaux. Pour les Comores, la crainte doit se situer dans son rôle à jouer pour contrôler le domaine maritime relevant de sa souveraineté. Admettons que les Comores soient efficaces à contrôler l’espace terrestre et aéroportuaire contre les actes terroristes. Mais qu’en est-il des espaces maritimes et portuaires sachant qu’il est pratique d’atteindre le territoire maritime comorien à partir du Mozambique et de la Tanzanie ?
Question : Quelles sont les mesures à prendre pour éviter le pire ?
H.S.A: Les mesures doivent, à mon avis, être prises sur deux niveaux. L’un relève du cadre national lié à la prévention sécuritaire maritime. L’autre doit être envisagé dans un cadre opérationnel au vu de la coopération bilatérale et multilatérale. Sur ces aspects, des études stratégiques à court et moyen terme doivent être lancées en vue de retracer les contours pour prévenir ce phénomène. Notre cabinet se propose volontiers à accompagner les institutions concernées pour l’élaboration de ses stratégies.
Propos recueillis par A.O Yazid
Bio
Expert en sécurité maritime, le travail de Hamidou Said Ali au sein du Centre du Droit Maritime et Océanique de l’Université de Nantes est centrée sur les questions liées aux actes criminels maritimes en général qui menacent la région de l’océan Indien. L’insécurité maritime qui s’étend de la piraterie, aux vols à main armée en mer, aux trafics illicites de stupéfiants, aux trafics de migrant n’exclue pas le Djihadisme comme nouvelle forme de violence qui s’attaque aux transports maritimes et aux infrastructures portuaires. Un Cabinet d’études stratégiques et de développement en Afrique que j’ai le plaisir de diriger travaille également dans ce domaine en apportant de l’expertise et des conseils aux Gouvernements et aux institutions concernées en vue de mettre en place des politiques nationales et régionales, entre autres, de lutte contre la criminalité maritime.
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