La Gazette

des Comores

Hamada Madi Bolero : « Je quitte la COI la tête haute »

Hamada Madi Bolero : « Je quitte la COI la tête haute » © : HZK-LGDC

Après 4 ans à la tête du secrétariat général de la Commission de l’Océan Indien, Hamada Madi a passé le flambeau à Velayoudoum Marimoutou, le nouveau secrétaire général de la COI hier jeudi 16 juillet. Selon notre interlocuteur, il y a un projet de résilience côtière, qui proposera des solutions d’aménagement basées sur la nature sur des sites pilotes aux Comores, sans compter Hydromet, cet autre grand projet de capacité météorologique, pour mieux prévenir les risques et les gérer. Lire l’interview qu’il a accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse.


Question : Vous avez passé le flambeau du secrétariat général de la COI à un réunionnais. Quel bilan faites-vous de votre mandat de 4 ans ?

 

Hamada Madi : C’est la question incontournable ! Je dois dire que je quitte la COI la tête haute, fier de la mission accomplie. Ce bilan n’est pas que le mien. Il est aussi celui des représentants de nos pays que j’ai servis, de mon équipe dévouée du secrétariat général, de nos partenaires, et même, de mes prédécesseurs qui ont posé des jalons sur lesquels j’ai pu bâtir mon action. Mon bilan est, je crois, d’abord politique avec la modernisation institutionnelle et fonctionnelle de la COI. Je dois dire ici que ce chantier, important pour l’avenir de la COI et pour sa capacité d’intervention dans le futur, a bénéficié de l’implication directe du vice-président des Seychelles et du ministre des affaires étrangères des Comores qui se sont succédés à la présidence de la COI. Cette modernisation a commencé à Moroni en août 2019 et a permis la signature, huit mois après, de l’accord de Victoria révisé, notre texte fondateur, en mars dernier. Et puis, dans la foulée, la COI, qui a gagné une stature reconnue au niveau régional et même international, notamment grâce à son action pour la sécurité maritime, a accueilli dernièrement l’Inde, le Japon et les Nations Unies comme membres observateurs. Ils rejoignent la Chine, l’Union européenne, la Francophonie et l’Ordre de Malte. C’est remarquable pour une « petite » organisation comme le disent certains. Petite par la taille certes, mais grande par les ambitions et les réalisations !  

 

Question : Vous défendiez bien évidemment les intérêts de l’ensemble des pays membres. Comme le post de SG est tournant, qu’est-ce que la COI a-t-elle pu apporter à votre pays les Comores durant votre mandat ?

 

H.M: La COI, c’est un outil de solidarité, c’est une action multilatérale pour tous les États membres et des actions décidées par les États membres. Votre question est néanmoins légitime. Il peut être difficile parfois de mesurer l’apport de la coopération régionale parce que ce ne sont pas des routes, des ponts, ni des stades que construit la COI. Elle accompagne les États dans la mise en œuvre de politiques régionales qui leur sont nécessaires pour répondre à des défis communs. Concrètement, la COI a soutenu le développement des filières d’énergies renouvelables avec le soutien de l’UE. Elle a cofinancé des cuiseurs solaires et des distillateurs d’ylang-ylang à foyers économes auprès de centaines de familles comoriennes. La COI a aussi renforcé les capacités des communautés pour la gestion des écosystèmes comme auprès du Parc marin de Mohéli. Et puis, tout récemment, elle a commandé des équipements et des matériels pour aider les Comores à répondre à la pandémie du Covid-19. Une caméra thermique a été installée à l’aéroport Prince Said Ibrahim. Des équipements de protection, des kits pour les tests, des matériels de prises en charges, des lits pour les hôpitaux, une ambulance et bien d’autres matériels seront acheminés dans les prochaines semaines. Et puis, très prochainement, les Comores bénéficieront deux grands projets sur le climat. Il y a un projet de résilience côtière, qui proposera des solutions d’aménagement basées sur la nature sur des sites pilotes. Et il y a un grand projet, Hydromet, de capacité météorologique, pour mieux prévenir les risques et les gérer. Ces projets climatiques sont importants pour l’avenir de nos îles, pour la sécurité des populations.

 

Question : Quel a été votre plus grand chantier ?

 

H.M : C’est celui de la modernisation dont je vous faisais part. Mais ce chantier s’est imposé de lui-même car il y avait un décalage entre la pratique d’une coopération diversifiée et les missions confiées en 1984 à la COI. Le juriste que je suis est heureux que les États membres aient souhaité aller dans le sens de la modernisation qui oblige, d’abord, à revenir aux fondements, à nos textes. Mais, le chantier que je voulais conduire, c’est celui de la sécurité sur tous les fronts et je crois que mon bilan est positif ! La COI, avec l’appui de l’UE, a pu mobiliser huit pays de la région, dont les Comores, pour créer une architecture de sécurité maritime régionale avec deux centres régionaux à Madagascar et aux Seychelles. Nous avons posé les jalons avec l’Agence Française de Développement pour un projet paix, stabilité et gouvernance. Et la sécurité, c’est aussi le climat, la santé, la sécurité alimentaire. Et sur les quatre dernières années, j’ai eu l’honneur de signer 17 conventions de financements pour des activités dans ces secteurs auprès de 7 bailleurs internationaux.

 

Question : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

 

H.M : Je ne crois pas qu’il y ait eu de réelle difficulté. Si véritablement je devais dire une chose, alors ce serait, peut-être, parfois la longueur de certains processus de consultation parce qu’on est dans le multilatéral et que nos décisions sont prises sur la base du consensus. C’est tant mieux. Mais, parfois, quand on veut aller vite, il peut arriver qu’on trépigne. Cela dit, le secrétaire général de la COI n’est pas dans une logique électorale, et l’action de la COI se bâtit donc sur le temps long. C’est une belle leçon !

 

Question : Durant les 4 ans de votre mandat, vous êtes-vous senti pleinement soutenu par votre pays ?

 

H.M : Totalement ! J’ai eu l’honneur d’être proposé par mon pays. Le président d’alors, Ikililou Dhoinine m’a fait cet honneur et Azali Assoumani, m’a fait l’honneur de son soutien également au point d’effectuer le déplacement à mon investiture. Je garde d’excellents souvenirs des ministres des affaires étrangères des Comores que j’ai côtoyés et je suis heureux de terminer mon mandat sous la présidence de mon ami, le ministre Souef Mohamed El-Amine. Mes réussites, l’empreinte qui sera la mienne, c’est celle de tous les Comoriens et de toutes les Comoriennes parce qu’en représentant notre Indianocéanie, je représentais aussi mon pays.

 

Question : Pensez-vous avoir réussi dans vos missions ?

 

H.M : Je l’espère. Mais ce sera aux autorités de nos pays de le dire. Et aux observateurs d’en faire l’analyse.

 

Question : En août 2018 l’armée avait tenté de vous arrêter à Moheli pour « terrorisme » alors que vous étiez encore en poste. Qu’est-ce qui s’était réellement passé et quelles auraient été les conséquences diplomatiques de cette arrestation si elle avait abouti ?

 

H.M : J’ai toujours placé ma confiance en Allah. Il est le seul Protecteur ! Et il se trouve qu’il ne s’est finalement rien passé. J’ai accompli ma mission au mieux de mes capacités et toujours dans le respect de mon mandat. A ce moment précis, seul le présent et l’avenir comptent.

 

Propos recueillis par A.O Yazid

 


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