La Gazette

des Comores

Grève des enseignants : La colère des élèves gagne les rues de Moroni

Grève des enseignants : La colère des élèves gagne les rues de Moroni © : HZK-LGDC

Des cartables sur le dos, des uniformes noir et blanc en guise d'armure, et un slogan scandé à l'unisson : « Ngarandzawo risome » (nous voulons juste étudier). Ce mercredi, les rues de la capitale comorienne ont vibré sous les pas d’une jeunesse en colère. Privés de cours depuis plus d'un mois, les élèves du secteur public ont brisé le silence pour exiger le retour de leurs professeurs et défendre leur droit à l'éducation.


La colère a changé de camp. Jusqu’ici cantonnée aux déclarations syndicales et aux bureaux ministériels, la crise scolaire s'est matérialisée dans l'espace public, et ceci de la plus dynamique des manières. Plusieurs dizaines d’élèves du public ont formé un cortège pacifique mais déterminé, traversant Moroni pour converger directement vers le ministère de l'Éducation nationale. Pour ces jeunes, l'enjeu est immédiat. À l'approche de la fin de l'année scolaire, l'ombre d'une « année blanche » plane sur leur avenir, et la tenue des examens nationaux semble chaque jour plus compromise. Cette démonstration de force des élèves des écoles publiques est le résultat d'un dialogue de sourds qui dure depuis un mois déjà. Au départ, la fédération des syndicats de l'éducation (Fsec) a lancé un mot d'ordre de grève illimitée depuis le 17 avril, paralysant l'enseignement public.

 

Au cœur de la discorde, l'extrême précarité des enseignants, accentuée par l'explosion récente du prix des carburants. Les grévistes réclament l'application d'un accord signé en janvier 2024 qui prévoyait une nouvelle grille indiciaire dès janvier 2025. Un engagement resté lettre morte. Avec un salaire de base stagnant autour de 150 000 FC, jugé indigne par le corps enseignant, s'ajoutent des revendications liées au gel des avancements de carrière et à des mutations géographiques arbitraires sans soutien logistique. La frustration des grévistes et le soutien naissant de l'opinion publique ont été largement alimentés par les sorties médiatiques maladroites des autorités. D'ailleurs récemment, une intervention vidéo sur Facebook du secrétaire général du ministère de l’éducation nationale, Saïd Soulé, a mis le feu aux poudres.

 

Ce dernier a tenté de minimiser la situation en affirmant que les enseignants du privé ne touchaient pas plus de 100 000 FC par mois, malgré le cumul des heures, ajoutant une phrase qui a profondément choqué le corps enseignant : « Faut croire qu'en tant que membres du syndicat, tant qu'ils ne grèvent pas, ils sont considérés comme bon à rien ». Des propos jugés indignes et provocateurs par la base syndicale et la société, perçus comme un manque total de considération pour la profession. C'est face à ce blocage, que la stratégie des élèves s'organise et se durcit. Les coopératives scolaires du public ont officiellement appelé leurs camarades du secteur privé à suspendre les cours par solidarité. Ils espèrent forcer de la sorte, le gouvernement à s'asseoir à la table des négociations. En attendant, dans les rues de la capitale, les uniformes noir et blanc rappellent aux dirigeants qu'un pays qui sacrifie l’éducation condamne inévitablement sa jeunesse.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie


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