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Grève au CHN El-Maarouf : Le dialogue ne passe pas

Grève au CHN El-Maarouf : Le dialogue ne passe pas © : HZK-LGDC

Le bras de fer se durcit au Centre hospitalier national El-Maarouf. Quatre jours après le lancement d’une grève illimitée par le personnel contractuel, la direction de l'hôpital a tenté d'amorcer une conciliation, alors que les soins de santé sont lourdement perturbés. Le point de blocage reste l’alignement des salaires des contractuels sur ceux des fonctionnaires. Sur ce dossier, la direction botte en touche, affirmant que cette compétence ne relève pas de l’hôpital et qu'il n’a pas les reins assez solides pour supporter un tel coût financier.


Dans un communiqué datant du 13 mars, la direction du CHN a dévoilé son offre de sortie de crise. Pour répondre à la fronde des agents, elle propose une augmentation salariale de 8%, une revalorisation significative des primes de garde (passant par exemple de 3 000 KMF à 5 000 KMF pour les infirmiers) et une hausse de la prise en charge mutuelle de 50% à 75%. Pourtant, ces annonces n’ont pas suffi à désamorcer la crise. Du côté des grévistes, le rejet est catégorique. Ils ne voient dans ces propositions qu’une manœuvre de diversion. Pour eux, le cœur du problème reste l’alignement des salaires sur la grille des fonctionnaires, une revendication jugée « non négociable » à leurs yeux. « Ce qu’on nous propose, ce sont des miettes pour nous faire taire, » s’insurge un infirmier contractuel et membre du comité. « Comment accepter une hausse de 8% quand, à poste égal, un collègue fonctionnaire touche parfois le double ? Nous faisons les mêmes gardes, nous soignons les mêmes patients avec la même rigueur, mais à la fin du mois, notre dignité est bafouée par un contrat de seconde zone. Ce n’est plus une question d’argent, c’est une question de reconnaissance et de justice. »

 

La direction du CHN, quant à elle, tout en réaffirmant son attachement au dialogue, se dit coincée par des contraintes budgétaires qui l'empêchent de répondre favorablement à cette revendication. Elle pointe également du doigt l'absence de service minimum, qualifiant l'attitude des soignants de “manque de professionnalisme” et de “mise en danger d'autrui”. Une accusation lourde pour ceux qui, quotidiennement, pallient les manquements de l'institution. Interrogé sur la persévérance du mouvement et l’issue possible de ce statu quo, le porte-parole du collectif, Zainoudine Ahamada s’est montré intraitable : « La grève durera le temps qu’il faudra. Nous ne cherchons pas un compromis de façade, mais une solution pérenne. Pour régler ce conflit, la direction doit cesser de fuir ses responsabilités derrière des arguments budgétaires et ouvrir une réelle table de négociation sur l'alignement statutaire. Sans cet engagement concret, le débrayage restera total ».

 

Et une sage-femme contractuelle de s’interroger : « on nous parle de procédures légales, mais est-il légal de laisser nos familles dans une précarité sans perspective d'intégration ? ». « La direction se dédouane en disant que l'alignement des salaires ne relève pas de sa compétence. Si ce n'est pas eux, c'est qui ? Ce n'est pas que nous fermons la porte aux négociations, non, mais nous resterons mobilisés jusqu'à ce qu'un interlocuteur sérieux nous garantisse une équité réelle. Le service minimum ? Nous avons de la conscience professionnelle, mais la colère dépasse aujourd'hui notre patience. » En effet, malgré ce geste, le comité des grévistes a opposé une fin de recevoir catégorique, rappelant que jusque-là les discussions antérieures avec la direction n'ont accouché que de promesses non tenues. Derrière ce bras de fer, c’est la qualité des soins et la survie des patients qui sont désormais en jeu. Et alors que les portes du dialogue semblent se refermer, les citoyens usagers d'El-Maarouf se retrouvent victimes de cette manifestation collective dont l'issue paraît, à cette heure, incertaine.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 

 

 


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