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des Comores

Grève au CHN El-maarouf : Le conflit se durcit

Grève au CHN El-maarouf :  Le conflit se durcit © : HZK-LGDC

Le collectif des soignants contractuels du CHN El-maarouf maintient sa grève, posant la réintégration de cinq collègues licenciés comme condition non négociable pour toute reprise du travail. Face au refus de la direction concernant leurs revendications, les grévistes dénoncent des menaces de sanctions supplémentaires, une mise en danger des patients par le remplacement du personnel qualifié par des stagiaires, et un épuisement généralisé.


Au CHN El-maarouf, l'enlisement du conflit social opposant les contractuels à la direction, provoque l'agacement des médecins et l'inquiétude des patients. Alors que le dialogue est désormais rompu, l'établissement sombre dans une désorganisation qui menace directement la vie des patients. Assis dans la cour, Saïd, dont le fils est hospitalisé depuis trois jours en pédiatrie, ne décolère pas. Pour ce père de famille, la crise à l'hôpital de référence n'est plus une affaire de syndicats ou de direction, c'est une question de survie. « C'est terrifiant. L'autre jour, une jeune infirmière est venue pour poser une perfusion à mon fils. On voyait bien qu'elle ne savait pas comment s'y prendre, elle tremblait. Elle a dû s'y reprendre à trois fois. Quand j'ai demandé si elle était habituée, elle a baissé les yeux l'air gêné », raconte-t-il, faisant référence aux recrues de l'EMSP envoyées en renfort.

 

Au-delà de l'incompétence des nouveaux recrutés, c'est l'abandon global qui l'effraie : « Certains médecins sont là, mais ils sont comme des fantômes. Ils courent partout, ils ne dorment plus. On voit bien qu'ils sont à bout. Si même eux craquent, qui va nous soigner ? Les autorités font comme si tout allait bien à la télévision, mais ici, on sent que la mort rôde plus que d'habitude. On a le sentiment que nos vies n'ont aucune valeur face à leurs querelles administratives. » Loin des cérémonies officielles célébrées par les autorités de santé ces derniers jours, la réalité du terrain est celle d'un système sanitaire à bout de souffle. Selon le collectif, la direction a choisi la fermeté, menaçant de nouvelles mises à pied à l'endroit des membres du mouvement. Une attitude jugée provocatrice. « Il se pourrait que de nouvelles sanctions soient prises dès ce lundi. La direction nous menace et exige une reprise immédiate du travail, sous peine de licenciements » a déclaré le porte-parole du collectif, Zainoudine Ahamada lors du point de presse de ce lundi 20 avril.

 

D'autres part, les fonctionnaires encore en poste, censés maintenir le service minimum, décrivent des conditions « inhumaines ». Entre gardes prolongées, manque criant de personnel et enchaînement frénétique des blocs opératoires, l'erreur médicale pend au nez de chaque praticien. « On nous demande l'impossible. Nous sommes épuisés, physiquement et moralement. Si rien ne change et qu'aucune solution n'est trouvée, nous n'aurons d'autre choix que de déposer, nous aussi, un préavis de grève », confie un infirmier fonctionnaire, le visage marqué par une garde de 24 heures.

 

Soutenant le collectif, leurs avocats ont annoncé le lancement d'une nouvelle procédure, le dépôt d'un  référé-liberté devant le tribunal administratif, pour une solution rapide et urgente, afin d'annuler la note de suspension des 5 contractuels : « une lettre sera également envoyée au préfet du centre pour réitérer la demande de manifestation par marche pacifique. Cette démarche n'est en rien un appel à la violence, mais l'expression d'une revendication légitime. » a rappelé Me Ahmed Mouhseine Salim.

 

L'idée est de contraindre la direction à rouvrir les négociations. Mais d'après les représentants du mouvement, le directeur général reste inflexible : « On va assumer les conséquences », aurait-il lancé d'un ton ferme, actant une rupture définitive. Déçus par l'échec du dialogue et le manque de considération, de nombreux soignants qualifiés envisagent de s'expatrier pour exercer là où le soin est une priorité, au risque de laisser derrière eux une population comorienne livrée à elle-même.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 


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