Après 23 jours de bras de fer, les négociations se sont soldées par un échec entre la direction du CHN El-Maarouf et les grévistes. En réponse aux questions de la presse, le ministre de la santé et de la protection sociale, Ahamadi Sidi Nahouda, a déploré une absence de volonté de négocier chez les contractuels. De leur côté, ces derniers dénoncent une proposition salariale jugée dérisoire face à l'inflation galopante. En effet, alors que le personnel soignant réclame un alignement strict sur la grille indiciaire des fonctionnaires pour sortir de la précarité, la direction campe sur une revalorisation limitée à 8%.
Le gouvernement, par la voix du directeur de cabinet chargé de la Défense, Youssoufa Mohamed Ali Belou, assure vouloir maintenir le dialogue, bien que les positions semblent désormais irréconciliables. Les autorités avancent des arguments comptables et une incapacité financière à répondre aux exigences. Tout en soulignant que l'hôpital « ne restera pas les bras croisés » et que le nécessaire sera fait pour assurer la continuité du service. Dans une tentative d'apaisement qui a sonné faux aux oreilles des grévistes, Belou a déclaré : « Que leurs esprits soient apaisés », traitant presque cette lutte comme un caprice. « Ils ne nous font pas confiance et prennent nos promesses pour du leurre », a-t-il déploré.
Au moment où le collectif a pris la parole pour exprimer son désarroi, la pluie s'est mise à tomber, comme pour partager la peine de ces hommes et femmes poussés vers la sortie. « Pas question de reprendre le travail alors que nos revendications n'ont pas été entendues », a déclaré le collectif des contractuels, conscient d'être désormais sur la sellette. Suite à cette rencontre de la dernière chance, les propositions alternatives des autorités ont été rejetées. Celles-ci ont suggéré d’intégrer certains agents soignants au contrôle des recettes des caisses de l'hôpital ou d'attendre une évaluation de la fonction publique d'ici deux mois pour identifier les besoins réels en ressources humaines.
« Pourquoi un personnel soignant devrait-il se retrouver à contrôler des finances ? Cela figurait-il dans nos fiches de poste ? », a lancé le porte-parole du collectif, dénonçant une stratégie de diversion manifeste. Zainoudine Ahmada, membre du collectif, l'air grave, a décrit la situation comme une véritable « catastrophe » sanitaire. Pour lui, ce combat s’apparente à une lutte contre une forme moderne d'esclavagisme où le dévouement est exploité sans contrepartie digne. C’est le cœur serré et émus que les grévistes ont franchi le grand portail du CHN. En demandant pardon à leurs collègues et aux patients, ils ont rappelé que la précarité étouffe la vocation et empêche d’exercer avec la sécurité requise. Malgré la douleur du licenciement effectif, ils sont sortis ensemble, la tête haute, promettant de créer une « commission mobile » pour ne pas abandonner totalement les citoyens dans le besoin.
Face à cette impasse, le Conseil National de la Jeunesse Comorienne et plusieurs organisations de la société civile ont dans un communiqué commun, exprimé leur vive préoccupation devant la dégradation de l'offre de soins. Ces organisations préviennent que sans avancée concrète d'ici la fin du mois, elles lanceront un appel à la mobilisation générale. Lors d'une conférence de presse tenue samedi, le patron du CHN est sorti de son silence pour livrer une charge contre le mouvement de grève. Il a dénoncé des « abandons de poste », accusant les grévistes de mettre délibérément la vie des patients en danger et d'entraver le travail des non-grévistes. Allant plus loin, il a fustigé un mépris des décisions de justice et une volonté manifeste de « ruiner l'hôpital ». Qualifiant certains membres du collectif de « pompiers pyromanes », le responsable a également suggéré que cette fronde dissimulerait un mécontentement lié à des soupçons de fraudes internes. Il a affirmé qu'il comptait sur l'implication du représentant du gouvernement pour rétablir l’ordre face à ce qu’il qualifie de manœuvre de déstabilisation. Loin de reculer, les manifestants ont balayé les accusations de Assoumany Aboudou, les qualifiant de "pures allégations". Ils ont invité la direction à sortir de l’opacité en produisant, tout comme ils l’ont fait, des documents probants pour justifier leurs positions, tout en maintenant que leur combat reste ancré dans la légalité.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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