Le 07 août dernier, Mariama Ahanmada Msa a pris ses fonctions de Commissaire à la Solidarité, à la Protection Sociale et à la Promotion du genre. Sa prédécesseur n’est autre que l’actuelle gouverneur de l’île de Ngazidja. Les défis sont nombreux en Union des Comores. Cette fonction, est loin d’être une sinécure tant les attentes sont nombreuses. La Gazette des Comores a saisi l’occasion pour interroger le Collectif entièrement composé de femmes, « Ufahari wa Komor » et Abdoulbastoi Moudjahid, avocat au barreau de Moroni et féministe afin de savoir quelles étaient leurs attentes.
Ufahari wa Komor
« Les femmes comoriennes ne sont pas des citoyennes de seconde zone. La fonction de commissaire au genre est une des plus hautes dans notre pays. De plus en plus de violences faites aux femmes se font jour. Avec, dans une certaine mesure la libération de la parole et l’ère du numérique, nous constatons une recrudescence des viols, violences conjugales, féminicides et « revenge porn » (double peine pour la femme comorienne affichée nue sur les réseaux sociaux sans son consentement et mise au ban de la société). Tous ces crimes ne sont toujours pas convenablement pris en charge par l’appareil judiciaire. Les victimes sont encore et toujours indexées, culpabilisées et délaissées. La honte, la culpabilité, doivent changer de camp. La victime n’est jamais coupable et il devient urgent de ne plus être complice des agresseurs.
Malgré le vote de la loi sur la promotion du genre, force est de constater qu’en termes de représentation politique, la présence de femmes reste marginale. En outre, il est décevant de voir que ce ne soit pas une femme militante pour le droit des femmes qui occupe ce poste or ce n’est pas ce qui manque dans notre pays. Nous attendons de la nouvelle commissaire de reprendre ce chantier laissé trop longtemps à l’abandon. Nous voulons que la législation en la matière soit actualisée, qu’une campagne de sensibilisation soit mise en œuvre, que les acteurs juridiques soient formés à l’écoute des victimes, et surtout une réforme de l’éducation nationale qui intègre ce sujet ».
Abdoulbastoi Moudjahidi, avocat au barreau de Moroni, féministe
« Les attentes sont nombreuses. Pour commencer, elle pourrait faire en sorte que le vœu formulé par l'article 34 de la nouvelle Constitution devienne une réalité, en permettant l'accès des femmes aux hautes instances politiques de représentation locale et nationale. Soulignons qu'il n'y a qu'une seule députée sur les 33 qui siègent actuellement à l'assemblée de l'Union, soit un pourcentage de 03%. Sur un gouvernement de 15 membres, seules 2 femmes font partie de l'aventure, soit 13%.
Il y a aussi des efforts à faire en matière d'égalité des sexes, comme la révision du Code de la famille pour le mettre en conformité avec les textes internationaux ratifiés par les Comores. Il serait par ailleurs intéressant que la nouvelle commissaire s'implique davantage dans la protection des droits des victimes d'agressions sexuelles, et garantir à ces dernières une justice équitable et réparatrice ».
Propos recueillis par Fsy
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