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Fraudes sociales : La caisse de retraite tire la sonnette d’alarme

Fraudes sociales :  La caisse de retraite tire la sonnette d’alarme © : HZK-LGDC

La Caisse nationale de retraite a tenu, le 4 juin dernier, une conférence de presse pour éclairer l’opinion publique sur une série de saisies affectant ses comptes, liées notamment au dossier de Said Bacar Mlatrende. Une affaire qui met en lumière les fragilités du système de retraite.


Face aux journalistes, la directrice générale, Fatoumia Mouigni, a tenu à replacer les faits dans leur contexte. Elle a longuement expliqué le cas de Said Bacar, un ancien employé de la BIC aujourd’hui retraité et bénéficiaire d’une pension versée par la caisse. Selon elle, la situation a basculé lorsqu’une enquête interne a révélé qu’un an après son départ à la retraite, l’intéressé avait repris une activité professionnelle au sein de la SNPSF. Or, la réglementation est claire, tout retraité qui reprend une activité rémunérée est tenu d’en informer la caisse, soit par courrier, soit par déclaration directe, afin de suspendre le versement de sa pension. « Cette démarche n’a pas été respectée », a affirmé la directrice générale, précisant que la caisse avait alors cessé les paiements dès la découverte de cette irrégularité.

S’ensuit une bataille judiciaire. Said Bacar saisit la justice, mais la caisse obtient gain de cause en première instance, puis en appel. Toutefois, un nouveau rebondissement survient lorsque l’affaire est portée devant la Cour d’appel, où il finit par obtenir gain de cause « dans des conditions déplorables », selon Fatoumia Mouigni, qui évoque notamment l’absence de l’avocat de la caisse lors de l’audience. La caisse de retraite a indiqué son intention de se pourvoir en cassation. Depuis cette décision, l’ancien retraité multiplie les procédures de saisie sur les comptes de la caisse, aggravant une situation financière déjà jugée préoccupante. « Ces actions fragilisent davantage une institution qui repose sur un équilibre délicat entre cotisations et prestations », a-t-elle insisté.

La directrice n’a pas manqué de faire le lien avec une autre affaire qui défraie la chronique : celle de Dhoihir Dhoulkamal. Elle estime que les deux dossiers relèvent d’un même phénomène de fraude sociale. « Nous faisons face à des pratiques qui mettent en péril la solidarité nationale », a-t-elle déclaré. Selon les chiffres avancés lors de cette conférence, près de 40 personnes seraient concernées par des situations similaires, cumulant pension de retraite et activité professionnelle sans déclaration préalable. Une réalité qui, selon la direction, pèse lourdement sur les finances de la caisse.

Fatoumia Mouigni a également rappelé les fondements du système de retraite. « Lorsqu’un agent travaille, il cotise pour sa retraite. Mais une fois à la retraite, ce qu’il perçoit repose en grande partie sur la solidarité intergénérationnelle. » Un principe aujourd’hui fragilisé par les abus et les déséquilibres économiques. La directrice a reconnu les difficultés structurelles auxquelles fait face l’institution, notamment un problème d’adéquation financière. Elle a évoqué les retards de paiement observés par le passé et les faibles niveaux de pension : « Certains retraités vivent avec des montants inchangés, parfois autour de 100 000 francs comoriens, jusqu’à la fin de leur vie. » La caisse de retraite semble vouloir alerter autant qu’appeler à la responsabilité collective. Car au-delà des cas individuels, c’est bien la viabilité du système qui est en jeu.

Mohamed Ali Nasra


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