La Gazette

des Comores

Fonction publique : Une réforme ambitieuse sous tension

Fonction publique : Une réforme ambitieuse sous tension © : HZK-LGDC

Le processus d’identification biométrique de l’ensemble des agents de la fonction publique se poursuit dans les différentes îles de l’Union des Comores. L’objectif est de régulariser les situations administratives, mieux maîtriser les effectifs et contenir une masse salariale devenue trop lourde pour les finances publiques. Mais sur le terrain, l’enthousiasme reste mesuré entre attentes de changement concret et doutes persistants sur l’efficacité réelle de la réforme.


Le 10 octobre dernier, le gouverneur de Ngazidja, Mze Mohamed Ibrahim, s’est lui-même prêté à l’exercice au Palais de Mrodjou, en présence du directeur général de la fonction publique, Omar Chehani. Un geste symbolique censé rappeler que personne n’est au-dessus des règles. Cependant, près de deux semaines après la mise en place des nouveaux horaires de travail, de nombreuses voix s’interrogent sur la portée réelle du dispositif. « On pointe à 8h, on part à midi, on revient à 17h juste pour repointer… Ce qui compte, ce n’est pas le temps passé au bureau, mais ce qu’on accomplit », confie Moustoifa Alhmed, enseignant de philosophie au lycée de Moroni. Selon lui, « la réforme n’aura de sens que si elle s’accompagne d’objectifs quotidiens et mesurables : telle tâche à rendre, tel rapport à soumettre ». Sans cela, estime-t-il, le dispositif risque de rester purement cosmétique.

Ce sentiment traduit le malaise d’une partie du personnel public : des agents disposés à se conformer aux règles, mais qui réclament une évolution dans la culture de gestion et d’évaluation du travail. Face à ces critiques, les autorités défendent la réforme avec fermeté. Un représentant de la Fonction publique sur le terrain explique : « L’enregistrement biométrique est une mesure de vérité. Il permet de confirmer que les agents existent réellement, qu’ils sont bien à leur poste, et que les salaires versés correspondent à un service effectivement rendu. Nous devons en finir avec les agents fictifs ou absents sans justification. » Selon lui, cette réforme marque le début d’une administration plus transparente et performante, capable de répondre aux attentes des citoyens. La maîtrise des effectifs et le contrôle de la masse salariale sont, dit-il, des leviers essentiels pour restaurer la confiance dans l’État.

Le contraste entre les deux visions est frappant. Côté fonctionnaires, un forte attente de reconnaissance, de meilleures conditions de travail et de méthodes modernisées. Côtés dirigeants, une volonté de réforme structurelle visant la discipline, la rigueur et la réduction des abus. La réussite du chantier dépendra donc de l’application rigoureuse des mesures, de sanctions crédibles en cas de manquement, mais aussi d’un dialogue social ouvert pour que les agents se sentent impliqués dans la transformation et associés à la définition des critères de performance. L’enregistrement biométrique des agents publics constitue une étape symbolique et potentiellement décisive pour la modernisation de l’administration comorienne. Mais pour qu’il devienne un levier de changement réel, il faudra qu’il dépasse le simple geste du pointage.
Comme le résume un cadre administratif : « Pointer, c’est un début. Travailler avec efficacité et rendre compte, c’est la vraie réforme. »

Mohamed Ali Nasra

 

 


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