Pendant longtemps, les habitants de Milembeni, dans la région de Sima à Anjouan, ont vu les mangroves de Barakani se dégrader progressivement. Sous l'effet des activités humaines et des changements climatiques, cet écosystème, essentiel à la protection du littoral et à la reproduction de nombreuses espèces marines, perdait peu à peu sa capacité à jouer son rôle. Aujourd'hui, la tendance s'inverse grâce à la mobilisation des femmes du village.
Pour ces dernières, la disparition des mangroves ne constituait pas uniquement une menace pour l'environnement. Elle affectait directement leurs moyens de subsistance, la pêche, la sécurité des côtes et l'avenir de leurs enfants. Depuis plusieurs mois, les berges de Barakani retrouvent progressivement leur couvert végétal. Des milliers de jeunes palétuviers y ont été replantés grâce à l'engagement des habitants, avec les femmes et les jeunes en première ligne. Dès les premières heures de la journée, elles se retrouvent sur le site, bottes aux pieds et plantules à la main. « Nous avons compris que si nous ne protégeons pas les mangroves aujourd'hui, nos enfants en subiront les conséquences demain. Les poissons deviennent plus rares et nos côtes sont plus vulnérables. Nous avons décidé d'agir », explique Fahar Houmadi, présidente d'une association locale impliquée dans la campagne de reboisement.
Cette mobilisation s'inscrit dans le cadre du projet de gestion communautaire des mangroves de Barakani, mis en œuvre par le CO.GA.CO.PE, avec l'appui du Programme de microfinancements du Fonds pour l'environnement mondial (SGP/FEM) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Doté d'un financement de 40 000 dollars US, le projet soutient la restauration des mangroves tout en renforçant les capacités des communautés et en développant des activités génératrices de revenus au profit des femmes et des jeunes. Au-delà des plantations, l'initiative a profondément changé le regard porté sur cet écosystème. « Avant, nous connaissions les mangroves sans vraiment comprendre leur importance. Aujourd'hui, nous savons qu'elles protègent les côtes, servent de refuge aux poissons et nous aident à faire face aux effets du changement climatique », témoigne Néemati Arfina.
Cette prise de conscience s'est illustrée le 5 juin 2026, à l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement. Ce jour-là, la campagne de reboisement a rassemblé un nombre important de femmes, de jeunes et d'enfants venus participer à la restauration des mangroves. « Voir autant de femmes mobilisées pour protéger leur environnement nous a donné beaucoup d'espoir. Elles ont démontré que la préservation de la nature est aussi une affaire de leadership féminin », souligne un responsable communautaire. Pour les participantes, chaque plant mis en terre porte une dimension symbolique. « Lorsque je plante un palétuvier, je pense à mes enfants et à mes petits-enfants. Ils profiteront peut-être un jour de ces arbres, même s'ils ne savent pas qui les a plantés », confie Daoud Mohamed.
Le projet a également renforcé les liens entre les différentes composantes du village. Associations, jeunes, femmes et autorités locales travaillent désormais autour d'un objectif commun : préserver un patrimoine naturel indispensable au développement de leur communauté. À Barakani, la restauration des mangroves est ainsi devenue bien plus qu'un projet environnemental. Elle incarne la capacité d'une communauté à s'organiser pour protéger ses ressources naturelles et préparer l'avenir. À Milembeni, les femmes ne restaurent pas seulement une mangrove. Elles transmettent aux générations futures un patrimoine naturel dont dépend l'équilibre écologique et économique de toute une région.
El-Aniou Fatima
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