L’abattage de plusieurs grands arbres au sein du ministère de l’Agriculture le dimanche 11 janvier dernier, a déclenché une vive controverse. Entre dénonciation d’une atteinte grave à la biodiversité, notamment aux chauves-souris endémiques, et arguments sécuritaires avancés par le ministère de l’agriculture, cet épisode met en lumière les limites de la gestion des arbres urbains aux Comores et l’urgence de concilier protection de l’environnement et sécurité publique.
La coupe de plusieurs grands arbres au sein du ministère de l’Agriculture, en face du bâtiment de l’INRAPE à Mdé, a provoqué une vive polémique sur les réseaux sociaux et dans les milieux environnementaux. En cause : un abattage jugé préjudiciable à la biodiversité, notamment pour les chauves-souris endémiques des Comores, mais que les autorités défendent au nom de la sécurité et de la salubrité des lieux. Dans une publication sur sa page Facebook, l’Agence des Parcs Nationaux des Comores (APNC) a fermement condamné cet acte. Selon l’institution, les arbres abattus abritaient « des centaines d’individus de petites chauves-souris des Comores, une faune indispensable à l’équilibre des écosystèmes ». L’Agence s’interroge sur le devenir de ces espèces, privées brutalement de leurs habitats naturels, d’autant plus que l’opération intervient quelques semaines seulement après le lancement de la campagne nationale de reboisement intitulé « un Comorien, un arbre ».
Interrogé par nos soins, un agent du Parc national de Mohéli a apporté un éclairage technique sur les alternatives évoquées par certains internautes. Selon lui, « couper les racines et déplacer l’arbre vers un autre site n’était pas une option réaliste. Aux Comores, nous ne disposons pas encore des machines et des outils spécialisés nécessaires pour ce type d’opération, surtout pour des arbres de grande taille », a-t-il précisé. Face aux critiques, plusieurs témoignages relayés sur les réseaux sociaux soulignent néanmoins que ces arbres représentaient un risque sécuritaire et sanitaire. Le danger de chutes de branches ou de déracinement en période de fortes pluies, l’impact des racines sur les fondations et les canalisations, ainsi que l’humidité favorisant les moisissures à l’intérieur des bureaux sont régulièrement cités.
Le ministre de l’Agriculture, Dr Daniel Ali Bandar, assume cette décision. « Les bâtiments étaient menacés. Les racines étaient très développées et fissuraient les structures. Il y avait des moisissures au niveau des murs. Et il n’y avait pas seulement des chauves-souris, mais aussi des rats et des insectes en contact direct avec la population », a-t-il déclaré. Pour de nombreux observateurs, cette affaire révèle surtout l’absence d’un cadre clair de gestion des arbres urbains. Parmi les pistes avancées figurent la réalisation systématique d’expertises environnementales et techniques avant tout abattage, l’installation d’arbres de substitution dans des zones adaptées pour compenser les pertes écologiques, ainsi que la création de sites de refuge artificiels pour les espèces protégées, notamment les chauves-souris.
À moyen terme, des spécialistes plaident également pour l’acquisition d’équipements adaptés et la formation de techniciens locaux, afin de permettre des interventions plus respectueuses de la biodiversité. Autant de mesures qui pourraient éviter que sécurité des infrastructures et protection du vivant ne s’opposent, et transformer les engagements environnementaux de l’État en actions concrètes et durables.
Mohamed Ali Nasra
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