La Gazette

des Comores

Entrepreneuriat : « Messi », le bahazazi qui fait vivre l'artisanat local

Entrepreneuriat :  « Messi », le bahazazi qui fait vivre l'artisanat local © : HZK-LGDC

Au cœur du marché de Volo-Volo, Salami, surnommé Messi, a fait du commerce de l'artisanat son quotidien. Entre décoration et tenues traditionnelles, ce père de cinq enfants mise sur l'été et le retour de la diaspora pour valoriser un savoir-faire authentique, malgré les obstacles qui freinent les petits commerçants.


Il est 8 heures à Volo-Volo. Le marché s'éveille dans un brouhaha et les étals s'ouvrent. Dans l'allée centrale, Salami dispose déjà ses trésors. On l'appelle Messi pour sa vivacité passée, mais surtout pour sa capacité à dribbler les difficultés. Lui se définit comme un bahazazi, ce mot en shikomori qui désigne le commerçant débrouillard, celui qui entreprend. Son quotidien commence à l'aube ; charger les cartons depuis la maison, installer la bâche, balayer la poussière, etc. Puis viennent les premiers clients, les négociations serrées, les rires en shikomori mêlés au français. Son échoppe ne paie pas de mine, mais elle raconte les Comores. Des paniers tressés en raphia, des lampes en bois de cocotier et des tableaux en coquillage côtoient des boubous brodés, des kofia pour les hommes et des chiromani colorés pour les femmes. Chaque pièce est choisie pour son authenticité et sa qualité. « Les gens veulent du vrai », lance-t-il. « Le touriste pour un souvenir, ou le Comorien de France qui revient, il cherche ce qui rappelle la maison, ses origines. »

 

En cette période « des Je viens », comme on surnomme la saison du retour de la diaspora, Salami a anticipé. Il a renouvelé son stock, diversifié ses articles de décoration intérieure, misé sur des couleurs vives pour répondre à la forte demande saisonnière. L'été est sa haute saison, celle où il faut tenir douze heures debout, négocier, sourire, expliquer l'origine d'un tissu, l'histoire d'une broderie. Derrière l'artisan, il y a un choix assumé. Après ses études, Salami a refusé l'attente d'un emploi administratif. Il voulait, dit-il, la tranquillité d'esprit et l'indépendance de celui qui vit de ses mains. Ce métier est devenu une nécessité familiale. Avec sa femme et ses cinq enfants à charge, chaque vente compte. « Ce travail me permet de tenir ma maison », confie-t-il avec fierté.

 

Pourtant, le tableau n'est pas sans ombres. Comme beaucoup de petits entrepreneurs locaux, Salami se heurte à un plafond. Le commerçant nous explique que l'accès aux grands marchés et aux appels d'offres reste difficile. Les structures locales manquent de reconnaissance et de soutien financier pour se professionnaliser et saisir les opportunités économiques. Il appelle à une meilleure considération des artisans. En fin de journée, alors que le soleil décline sur Volo-Volo, son étal reste achalandé malgré la fatigue et la chaleur écrasante. Salami n'a pas réalisé de chiffre record, mais il a fait vivre, objet après objet, un pan entier de l'identité comorienne.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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