La Gazette

des Comores

Entrepreneur : Youssouf Saïd, de l’ingénieur à l’éleveur

Entrepreneur :  Youssouf Saïd, de l’ingénieur à l’éleveur © : HZK-LGDC

Depuis 2002, Youssouf Saïd M’ze a repris l’exploitation fondée par son père, Saïd M’ze, aujourd’hui décédé, et l’a développée pour en faire une véritable unité de production. La cinquantaine et ingénieur en bâtiment, il gère aujourd’hui trois poulaillers et un élevage de six vaches laitières. Marié et père de famille, il emploie cinq salariés, dont deux étrangers, logés et nourris dans une maison au sein de la ferme. Devenu son propre patron, il perpétue l’œuvre familiale avec fierté.


Dès l’aube, Youssouf Saïd M’ze et ses employés sont déjà à l’œuvre : ramassage des œufs dans les poulaillers, nourrissage des volailles, comptabilité, puis direction la ferme de vaches laitières située à quelques mètres. Son père, Saïd M’ze, fut le premier Comorien à développer un élevage de poules pondeuses, de poules de chair et de vaches laitières dans l’archipel. Un véritable pionnier qui a ouvert la voie. Pendant deux ans, Youssouf a porté seul cet héritage. Depuis un an, sa petite sœur l’a rejoint. « Avant, j’étais seul. Il y a un an, ma petite sœur a intégré l’exploitation familiale », explique-t-il. Chaque jour, la ferme commercialise trois produits : des œufs, du lait frais et, plus récemment, du lait caillé. Les œufs sont vendus aussi bien au détail qu’en gros. Certains clients des villes voisines commandent jusqu’à dix plateaux par jour. La demande augmente fortement durant la saison des grands mariages, période de forte consommation. Le lait est vendu frais directement à la ferme, où des habitants viennent l’acheter pour le consommer en famille, souvent accompagné de riz. « Nous produisons également du lait caillé vendu dans de petites boîtes en plastique », ajoute l’éleveur. Cette diversification répond à une demande locale croissante.

Vingt-trois ans après avoir repris l’exploitation familiale, Youssouf dresse un bilan lucide. Il estime avoir dépassé son père dans la production laitière. « J’ai battu mon défunt père sur les vaches laitières. En revanche, pour les poules pondeuses, je n’ai pas encore réussi à faire mieux », reconnaît-il. La traite, matin et soir, le ramassage et le calibrage des œufs, le nettoyage des bâtiments et le suivi sanitaire des animaux rythment le quotidien. Les cinq salariés assurent la continuité de l’activité. Les deux employés étrangers sont logés et nourris sur place, garantissant une présence permanente. « C’est un travail de tous les jours, sans dimanche ni jour férié », confie l’éleveur. Cette organisation lui permet d’honorer les commandes, même pendant les périodes de forte demande.

Pour préparer l’avenir, Youssouf mise sur la formation. Son neveu poursuit actuellement des études de médecine vétérinaire en Tanzanie. Répète-t-il avec fierté. Son ambition est de transmettre à son tour une exploitation moderne, viable et rentable. À cinquante ans, l’éleveur souhaite poursuivre la modernisation de la ferme. Il ambitionne de sécuriser l’approvisionnement en aliments pour bétail et d’améliorer les conditions de travail. Il reste toutefois conscient des difficultés du secteur aux Comores : coût élevé des intrants, accès parfois limité aux soins vétérinaires et fluctuation des prix. Malgré ces contraintes, il demeure convaincu du potentiel de l’élevage local.

El-Aniou Fatima


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