Les salles de classe vont rouvrir. Au terme de plus d'un mois de paralysie dans le public, la Fédération des syndicats de l'éducation (Fsec) et le gouvernement ont annoncé samedi 23 mai dernier, la conclusion d'un compromis. L'appel à la reprise est immédiat : les enseignants du primaire et du secondaire sont invités à regagner leurs postes dès hier lundi 25 mai.
C'est la FSEC qui a pris la parole en premier, à l'issue d'une ultime séance de discussion à Moroni. Son représentant a confirmé qu'une entente avait été trouvée sur l'ensemble du cahier de revendications qui bloquait l'école publique depuis le 17 avril. Quelques minutes plus tard, la porte-parole du gouvernement, la ministre Fatima Ahamada, a salué un « pas décisif » et dit souhaiter que le pays puisse enfin tourner la page des interruptions à répétition. Dans la soirée, le Secrétariat général du gouvernement l’a officialisé par communiqué. Le texte évoque des réponses positives apportées aux demandes portées par la FSEC et promet une application rapide des mesures convenues. Il annonce également un ajustement du calendrier scolaire pour permettre de boucler les programmes, après une mobilisation qui a tenu les établissements publics fermés et poussé les élèves dans la rue.
Rappelons que la crise avait changé de visage ces derniers jours. Mercredi, des élèves du lycée Saïd Mohamed Cheikh avaient défilé dans les rues de la capitale pour protester. Privés de cours depuis plus de cinq semaines, ils réclamaient le retour de leurs professeurs à l'approche des examens, faisant planer la menace d'une année blanche. Le bras de fer aura duré 38 jours. Lancée après un préavis déposé fin mars, la grève illimitée faisait suite à deux premiers arrêts de travail en janvier et février 2024, restés sans suite selon les syndicats. Depuis, le dialogue s'était enlisé. Le 12 mai, lors d'un point presse, le syndicat dénonçait une « négligence » du ministère et une crise aggravée par la vie chère, notamment la hausse du carburant qui a depuis été annulée.
Au cœur du dossier, un accord jamais appliqué. Le 4 janvier 2024, après une première grève déclenchée en novembre 2023, l'État s'était engagé à mettre en place une nouvelle grille indiciaire pour les enseignants, avec effet administratif en octobre 2024 et financier en janvier 2025. Le protocole prévoyait aussi au moins un avancement en juillet 2024, la prise en compte des diplômes professionnels et la levée des sanctions. Selon la Fsec, seul l'avancement de juillet 2024 a été honoré. Face au blocage, un second débrayage en janvier 2025 avait conduit à un avenant signé le 10 février, où les deux parties reconnaissaient elles-mêmes le « non-respect total » du texte initial. Cet avenant promettait des assises nationales sur l'éducation, tenues en juillet, la révision du statut particulier et la mise en place d'une commission paritaire.
C'est d'ailleurs sur ce passif que le nouveau compromis devra convaincre. Le gouvernement n'a pas détaillé le contenu des mesures, se bornant à parler de réponses favorables. Du côté syndical, on insiste sur la priorité donnée à la grille indiciaire et aux avancements. Cela dit, il reste l'urgence pédagogique. La FSEC, qui avait promis de ne pas pénaliser les élèves, s'est engagée à organiser des cours de rattrapage durant l'été. Le ministère, de son côté, parle d'un calendrier revu pour achever l'année et sécuriser la tenue des examens nationaux. Ce lundi matin, dans les trois îles, les directions d'établissement attendent leurs professeurs. Après deux années de préavis, d'assises et d'avenants restés en partie lettre morte, enseignants comme parents espèrent que l'entente de ce week-end ne sera pas un nouveau rendez-vous manqué.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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