Le ballet incessant des cargos au port de Mutsamudu relance une question brûlante : l’agrandissement des infrastructures portuaires n’est-il pas désormais une urgence nationale ? À l’heure où nous mettons sous presse, un cargo est à quai tandis que deux autres attendent au large, freinés par les limites d’un port dont le quai principal, long de seulement 230 mètres, peine à absorber le flux croissant des marchandises.
« La taille du port ralentit clairement nos activités », confie un commerçant de la place, D. Ahmed. Comme de nombreux opérateurs économiques, il pointe du doigt un manque de stratégie à long terme et appelle à accélérer les projets structurants, notamment celui du port en eau profonde à Mohéli. Selon lui, cette future infrastructure pourrait, d’ici deux ans, réduire significativement la congestion actuelle. Il avance même un chiffre : 21% des conteneurs débarqués à Mutsamudu seraient destinés à Mohéli. Un pourcentage jugé exagéré par certains spécialistes du trafic maritime.
Toutefois, ces derniers reconnaissent unanimement que le futur port de Mohéli constitue une solution essentielle pour désengorger à la fois Mutsamudu et Moroni. « Le chiffre reste à vérifier, mais la tendance est réelle », nuance une source anjouanaise proche du secteur, connue sous le nom de Steev Doring (ASC). Des commerçants moheliens, bloqués depuis deux semaines à Anjouan, attendent désespérément l’arrivée de leurs conteneurs. « Nos marchandises sont là, sur ce bateau au large. Chaque jour d’attente nous coûte cher, au-delà de nos capacités », déplore le collectif.
L’île de Mohéli subit un double isolement, géographique et économique. L’exemple frappant : une bouteille d’eau de 0,5 litre vendue 100 francs à Mutsamudu peut atteindre près de 300 francs à Mohéli. Une inflation directement liée aux contraintes d’acheminement. Entre engorgement portuaire et absence d’anticipation stratégique, l’urgence n’est plus à débattre : elle est à résoudre.
Younes
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