Près de 100.000 personnes sont mal logées à Marseille notamment en centre ville et dans les quartiers nord où une forte communauté comorienne, les 2/3, est concentrée. Après le drame de l'effondrement de 2 bâtiments vétustes de la rue d'Aubagne qui a fait plusieurs morts dont une française d'origine comorienne le 5 novembre dernier, une marche pacifique a été observée samedi 10 Novembre. Sur place, on s'interroge sur les manquements des autorités vis à vis de la politique de logement et de sécurité.
Rue d'Aubagne, lundi 5 novembre. 2 immeubles vétustes et habités s'effondrent. Parmi les victimes, Ouloume Said Hassane, une comorienne, de Hahaya précisément, mère de 6 enfants. Ce drame interpelle encore une fois sur l'impérieuse nécessité, pour les autorités comoriennes, de prendre à bras le corps la lourde mission qui attend le Consulat général des Comores de recenser, organiser et soutenir la diaspora comorienne, avec l'aide des autorités compétentes du pays d'accueil. La naissance, au lendemain du crash du vol de la Yemenia en juillet 2009, du mouvement Ushababi a été pour certains, le déclencheur d'une longue marche vers la mise en place d'un consulat honoraire à Marseille dont parmi les premières missions figurait la mise en place de la carte consulaire.
Hélas, il n'en reste aujourd'hui aucune trace et les services consulaires sont incapables de fournir une quelconque archive. Une équipe s'était pourtant attelée à établir le recensement des Comoriens à Marseille en vue d'une organisation de la diaspora sur l'étendu du 13e département. Les autorités comoriennes, en l'occurrence l'ambassade des Comores à Paris, ont dépêché une mission express au lendemain du drame à Marseille pour s'enquérir des dégâts auprès de la famille de la victime et la mairie de Marseille. Cette famille, malgré la solidarité légendaire de la communauté, est loin de faire son deuil au vu de la complexité de ce dossier.
Sans accompagnement moral, administratif et juridique par une autorité compétente, il est difficile de ressortir indemne d'une situation aussi traumatisante. Ouloume Said Hassane était âgée de 45 ans. Elle répondait à ses obligations citoyennes. Elle cotisait comme tout le monde à la sécurité sociale, assurance logement. Elle laisse derrière elle des orphelins dont un petit garçon de 8 ans qui a échappé de peu à la catastrophe. C'est en effet une heure après son départ pour l'école que le bâtiment qui abritait son appartement s'est effondré... La mairie de Marseille, propriétaire de quelques bâtiments de la rue d'Aubagne et environ, ne pouvant plus justifier d'un "état de catastrophe naturel" afin de faire valoir de fait une protection de l'Etat, les victimes n'ont pas peu recourir à l'article L 125 du code des assurances.
Des ONG telles la Croix rouge française ou la mythique Olympique de Marseille viennent en aide aux victimes : 40 000 € de don de l'OM ont été débloqués pour reloger les sinistrés dont la majorité est installée dans des hôtels par la mairie de Marseille. Un vent de solidarité anime la ville, endeuillée. Sur place, les manifestations de soutien et les hommages affluent. A la rue d'Aubagne, des passants déposent bougies et gerbes de fleurs en guise d'hommage aux 8 personnes qui ont péri et dont les dépouilles ont été retrouvées sous les décombres. Ce drame a soulevé le débat autour des mal-logés notamment dans les quartiers nord de Marseille dont la cité Corot dans le 13e arrondissement ou encore la cité Felix Pyat au 3e arrondissement où la mosquée des Comoriens se trouve dans un état piteux. La communauté est informée et s'apprête à quitter les lieux dans les mois à venir pour d'autres bâtiments qui répondent aux normes de sécurité. Un projet est en cours pour une nouvelle bâtisse. Il apparaît ici clairement que seul un accompagnement pérenne de la communauté dans ce projet phare et surtout des familles comoriennes peut permettre la réalisation de tout cela.
Il est du devoir de l'autorité consulaire de veiller sans relâche à cette épineuse épreuve pour faire montre de responsabilité, de compétences et surtout d'interface entre les bailleurs de logement ou autres et la communauté comorienne. Au lendemain de ce drame rue d'Aubagne, les Comoriens de Marseille ont dit leur colère et surtout leur crainte du manque de prise en charge, un tantinet soit-il, de la part des autorités comoriennes et du manque d'organisation. Rappelons, dans ce contexte, que la communauté compte un nombre important de ses enfants incarcérés dans des prisons qui baignent dans l'insécurité et la violence. Autant d'indicateurs qui doivent interpeller les autorités sur les conditions de vie de ces citoyens. Des structures associatives se mobilisent pour venir en aide aux familles mal logées, un des maux du quotidien Marseillais. Ouloume Said Hassane comme 7 autres personnes en ont été victimes ce lundi 5 novembre 2018.
AN (depuis Marseille)
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