Loin des journées classiques où l'on égrène des filières devant des étudiants plus ou moins livrés à eux-mêmes, les organisateurs ont fait un choix radicalement différent. C'est d’associer les deux piliers de la réussite, les jeunes et leurs familles. Une démarche dans le sens où les intervenants considèrent que l'orientation n'est pas une affaire individuelle, mais une sorte de pacte générationnel.
Le week-end dernier, à Ngolé, dans le Hamahamet, la célébration des nouveaux diplômés a pris la forme d'une conférence-débat inédite, réunissant parents et étudiants autour d'une même question : comment s'orienter, réussir et construire un avenir utile à soi et à sa communauté ? Le point de départ fait consensus. À la sortie du lycée, beaucoup d'élèves ne savent pas quelle orientation choisir. Faute de vocation, ils sont attirés par le prestige d'un titre. Le fameux « Docteur » en médecine en est l'exemple le plus frappant. C'est ce réflexe qu'a voulu déconstruire Amir Housseine, enseignant, formateur en gestion de projet et consultant en entrepreneuriat. Son approche consiste à inverser la logique. « Ne choisissez pas une filière, choisissez un problème à résoudre », a-t-il martelé. Au lieu de courir après un titre de noblesse d'un métier, il invite les bacheliers à interroger leur environnement : de quoi ma région, les Comores ont-ils besoin ? Quelle compétence manque ? Quel service pourrait être créé ? S'orienter devient alors un acte d'utilité publique, une manière d'apporter sa pierre à l'édifice du développement local.
Pour tenir dans la durée, il a livré une méthode concrète, loin des discours abstraits. A savoir, réviser régulièrement pour ne pas cumuler les retards à l'approche des partiels, s'entourer d'un camarade bosseur qui tire vers le haut et entretient la motivation, et surtout, oser solliciter un professeur tuteur pour un appui et un soutien. La réussite, selon lui, n'est jamais solitaire. Une vision prolongée par la seconde intervention, celle de Hachim Abdoulfatahou, doctorant en nutrition, nutritionniste et conférencier en santé publique. Pour lui, le mal est plus ancien. « Ailleurs, l'orientation commence dès la fin du collège. Chez nous, elle ne commence qu'à la porte de la fac », a-t-il regretté. Un retard qui prive les élèves de repères sur leurs aptitudes et leurs envies.
Poursuivant sa réflexion, il a poussé le raisonnement plus loin. Et si l'on orientait les jeunes beaucoup plus tôt, non plus seulement en fonction de leur niveau scolaire, mais de leur potentiel à servir et à faire vivre leur propre localité ? Et si l'on cessait de résumer tout l'avenir à la seule université publique ? Les instituts professionnalisants et les formations techniques offrent, a-t-il rappelé, des parcours tout aussi nobles et souvent plus en phase avec les besoins immédiats du pays. Autre point essentiel soulevé : la mobilité étudiante n'est pas anodine. Partir étudier, c'est endosser une responsabilité. Si quitter son île pour poursuivre ses études supérieures représente une formidable opportunité d'ouverture, d'accès au savoir et de brassage culturel, c'est aussi une immersion dans d'autres réalités territoriales et d'autres modes de vie, dont l'influence peut être aussi positive que déstabilisante.
D'où son interpellation directe aux parents, qui a fait toute la singularité de cette journée à Ngolé. Que leurs enfants étudient au pays ou à l'étranger, les parents ne doivent jamais cesser la veille bienveillante, notamment en prenant de leurs nouvelles, en assurant un suivi régulier, en dialoguant pour éviter que les jeunes ne se perdent dans de mauvaises attitudes. Ainsi à cet événement, y a été posé les bases d'un contrat; à l'étudiant de porter un projet utile, aux parents de garder le cap.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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