Le patron de la Sonelec Soilihi Mohamed Djounaid a rendu le tablier, hier, après plus de trois ans à la tête de la société. Il aura fatalement échoué à honorer ses engagements d’assurer une fourniture régulière de l’électricité à la population, même durant le mois sacré de ramadan dont la promesse n’a guère été tenue.
« Il est temps pour moi de passer la main ». Hier mardi, le directeur général de la Sonelec, Soilihi Mohamed Djounaid, a annoncé sa démission au cours d’une conférence de presse organisée dans ses bureaux, à Volovolo. Il explique sa décision par le fait que « malgré l’engagement sans faille et les nombreux progrès accomplis par l’entreprise durant ces quatre années, certains défis persistent et ont un impact sur la continuité du service et la satisfaction de nos clients ». « Alors, bien que convaincu du potentiel de la société et la justesse des projets mis en place pour la transition énergétique du pays, il me semble responsable de reconnaitre que, malgré mes efforts, mon engagement et ma volonté à réussir, certains objectifs n’ont pas été atteints comme souhaité, et j’en tire les conséquences », devait-il reconnaitre.
Nommé depuis 2020, il en a profité pour dérouler son bilan. « A mon arrivée, je fus confronté à trois principaux défis : la fraude et les défauts de paiement, le coût élevé de l’exploitation et de l’entretien des centrales thermiques et enfin les défaillances techniques. Face à ces trois défis, mon équipe et moi-même avons décidé d’y répondre de façon durable, de sorte que nos réponses puissent être pérennisées longtemps. S’agissant de la fraude et les défauts de paiement, la Sonelec a enregistré un déficit important en 2023 qui équivaut à environ 3 milliards KMF, et ce, malgré un excédent brut d’exploitation positif de près de 216 millions KMF », explique-t-il.
Et de poursuivre, « nous avons un taux de production non facturée beaucoup trop élevé, dû aux défaillances techniques (les pertes de lignes, les branchements illégaux et autres vols d’électricité, les défauts de recouvrement). Mais, aussi les erreurs commises dans les processus de facturation. Au total c’est 44% de notre production qui n’est pas facturée, ce qui entraine des pertes financières s’élevant à environ 8,9 milliards KMF chaque année. Une seule réponse nous a semblé adéquate : la transparence. C’est pourquoi un cabinet international d’audit est déjà engagé pour une mission de 6 mois en vue d’établir les comptes définitifs de la Sonelec, pour les années 2019, jusqu’à 2023. Mais, aussi faire le bilan après l’ouverture et le partage du patrimoine entre les deux sociétés Sonelec et Sonede.
Concernant la lutte contre la fraude, ce denier montre que la société s’est engagée à moderniser et optimiser le réseau de distribution d’électricité aux Comores, la Sonelec a reçu un financement de la Banque mondiale pour l’acquisition de 100 000 compteurs intelligents. Un projet ambitieux qui constitue une étape majeure vers une gestion plus efficace et transparente de la consommation d’électricité à travers l’archipel, renforçant ainsi la capacité de la Sonelec à offrir un service plus fiable et rentable à ses clients. « Pour le coût élevé de l’exploitation et de l’entretien des centrales thermiques, le modèle de fourniture d’énergie adopté par le pays, dès le départ, coûte cher pour l’exploitation de l’énergie. Mais, aussi pour l’entretien des centrales, ce qui contribue grandement au manque de performance de la société. Il nous a donc fallu trouver une solution pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles et notamment le gasoil. C’est pourquoi sous l’impulsion du président Azali Assoumani, nous avons mis en marche la transition énergétique du pays aves la construction des centrales photovoltaïques », souligne-t-il.
Et de lui d’avouer que, la Sonelec est souvent confrontée à d’importants dysfonctionnements techniques. Comme ce fut le cas récemment avec la mise en service de nouveaux groupes électrogènes, alors que la société n’avait pas procédé à une révision préalable des anciens moteurs, du fait du retard dans la livraison des pièces de rechange commandées. « Ces quatre années à la tête de la Sonelec ont été marquées par des défis, que nous essayons de surmonter et que nous surmonterons toujours. Mais, elles ont été marquées également par des avancées. L’amélioration de la production et la distribution d’électricité constitue un objectif pour moderniser notre réseau, construire de nouvelles lignes, améliorer la gestion financière, lutter contre les pertes et renforcer la résolution des problèmes techniques », lance-t-il.
« C’est pourquoi, au regard de ces défis, il me semble évident que la Sonelec a besoin d’un nouveau souffle, un besoin de se redynamiser pour renforcer l’existant et affronter les défis à venir. En effet, après réflexion, je pense qu’il est temps pour moi de passer la main. J’ai donc, adressé ma lettre de démission au chef de l’Etat, qui a bien voulu l’accepter. Cette dernière prend effet à partir de ce jour. Une période de transition sera observée jusqu’au vendredi 25 octobre pour assurer la transition des différents dossiers et projet en cours avec les directeurs opérationnels de la société et les hauts responsables du ministère », a-t-il conclu.
Nassuf Ben Amad
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC