Le tout premier président du Syndicat National des Journalistes aux Comores a été retrouvé mort à son domicile sis à Malouzini, au nord de la capitale, Moroni. Si nous ne disposons pas encore des conclusions du médecin qui a examiné son corps, les personnes présentes, dont des policiers, n’écartent pas la thèse criminelle. Le ministre de l’intérieur a à deux reprises annoncé l’ouverture d’une enquête et promis de rendre publiques les conclusions.
La mauvaise nouvelle est tombée comme un couperet. A 10h de ce samedi 12 décembre, l’information commençait à circuler de bouche à oreille entre journalistes. Personne ne voulait la croire. « Nonnnnnn. Dis-moi que tu plaisantes », tressautaient ceux qui venaient d’être informés. Très vite, les journalistes se sont retrouvés chez Ali Abdou, à Malouzini, à quelques encablures du dépôt AGK et le marché d’Ikoni, au sud de Moroni. La présence des policiers qui bouclent la zone, les mouvements des voitures de police et pompiers, les chuchotements, ont permis aux plus incrédules de se rendre à l’évidence : Ali Abdou, notre président, a rejoint les cieux. Mais dans quelles circonstances ?
Jeudi soir, à 20h, quand il avait quitté la salle de rédaction d’Al-watwan, le journal pour lequel il travaillait, Ali Abdou ne souffrait d'aucune pathologie apparente. Le vendredi, il était aux abonnés absents, ne répondant à aucun appel téléphonique. Inquiète, sa mère se présenta à Al-watwan samedi matin pour s’enquérir de ses nouvelles auprès de ses confrères, sa deuxième famille. Précisons que dans la presse écrite comorienne, le vendredi est jour de relâche, en raison de la non parution des journaux tout le week-end durant. Deux de ses collègues sont partis chez lui, à Malouzini. A mi-chemin, ils ont eu un coup de fil leur annonçant la terrible nouvelle. Des proches du journaliste étaient déjà sur les lieux. Des policiers, aussi.
Un « policier » en civil explique aux journalistes qui affluent mais ténus à l’écart que le corps de leur confrère a été découvert en position ventrale, gisant dans son lit. A première vue, il s’agit d’une mort naturelle, affirme le monsieur, sûr de lui. Quelques minutes plus tard, le procureur de la République et un médecin sont arrivés. Selon les informations qui filtraient de l’intérieur, la thèse d’une mort naturelle était remise en question. En effet, le médecin aurait découvert « une blessure », qu’il se serait même écrié, suscitant l’émoi des personnes présentes.
Selon nos informations, aussi bien du côté de la gendarmerie que de la police, les enquêteurs penchent plutôt pour une mort naturelle, survenue dans la nuit du jeudi au vendredi 11 décembre. « Notre position actuelle n’explique pas qu’on abandonne pour autant la thèse criminelle », devait préciser cet officier de police qui n’est pas sans savoir qu’un conflit foncier déchire la famille du défunt. Depuis Hadjambou où a eu lieu l’enterrement, le ministre de l’intérieur a promis de « rendre publiques les conclusions de l’enquête » dès qu’elles seront disponibles. Contacté hier dimanche par nos soins, le procureur de la République a déclaré attendre le rapport du médecin avant de s’exprimer.
Ali Abdou était âgé d’environ 35 ans. Il a rejoint Al-watwan en 2015. A l’issue d’un concours de recrutement l’année suivante, il a été titularisé. Il était spécialiste de tout ce qui est transport, parlement, et gouvernement. Pendant la crise qui opposait la compagnie aérienne AB Aviation et l’aviation civile en 2016, il avait pris une position assumée en faveur d’AB Aviation, devenue en 2020 la première compagnie comorienne être certifiée par l’aviation civile internationale (OACI). Tous les mercredis il était à Beit-Salam pour couvrir le compte-rendu du conseil des ministres. Il était un bon vivant.
TM
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC