Début avril, Soidrou Ben Ali compte franchir une nouvelle étape dans son combat. Après l’échec de sa plainte déposée à Mayotte, ce rescapé d’un drame en mer envisage désormais de saisir l’Organisation des Nations Unies afin de faire reconnaître ce qu’il considère comme une atteinte grave aux droits humains.
De retour à Ngazidja, il refuse d’abandonner. « Je ne compte pas laisser cette affaire comme ça », affirme-t-il. Déterminé, il dit vouloir poursuivre les démarches avec un autre avocat s’il en trouve un, avec l’objectif de porter l’affaire à une échelle internationale. À Mayotte, Soidrou Ben Ali avait engagé une procédure contre des agents de la Police aux frontières (PAF), citant nommément deux personnes. Mais selon son témoignage, la démarche n’a jamais véritablement abouti. « On m’avait attribué un avocat commis d’office, mais malgré plusieurs tentatives pour le joindre, je n’ai reçu aucune réponse », explique-t-il. Messages laissés, courriels envoyés : toutes ses démarches seraient restées vaines. L’avocat, basé à Pamandzi, n’aurait donné aucun signe de suivi du dossier.
Face à ce silence, il dit aujourd’hui ne plus avoir d’autre choix que de se tourner vers des instances internationales. Au cœur de cette affaire, un épisode traumatisant que le survivant décrit avec une précision bouleversante. Lors de la traversée en kwasa-kwasa vers Mayotte, l’embarcation aurait été interceptée dans des circonstances violentes. « Quand la PAF nous a frappés et que notre kwasa a été coupé en deux, nous pensions que nous allions mourir. Nous avons même prononcé la shahada », confie-t-il. La scène se déroule à l’aube du 15 juillet 2025. À bord, des hommes et des femmes, certains ne sachant pas nager. Au total, 11 personnes survivront, dont 3 femmes et 8 hommes. Pendant près d’une heure, ils lutteront pour rester en vie. « Nous étions loin du rivage, mais nous pouvions voir les arbres. Nous avons nagé, tenté de nous accrocher, de survivre. La PAF était là, à côté, observant. Ce n’est qu’après une heure qu’ils sont intervenus pour nous secourir », raconte-t-il, encore marqué par l’incompréhension. Aujourd’hui encore, certains rescapés, dont lui-même, disent ne pas parvenir à réaliser qu’ils ont survécu.
Les conséquences de cet épisode ne sont pas seulement physiques. Elles sont surtout psychologiques. Soidrou Ben Ali évoque une perte de poids, un traumatisme persistant et l’impact sur son entourage. « Mon fils est hanté par cette histoire jusqu’à aujourd’hui », dit-il. Un autre survivant, Madi Mistoihi, avec qui il reste en contact, serait également en grande difficulté psychologique. Ces témoignages mettent en lumière une réalité souvent invisibilisée, celle des traumatismes durables laissés par les traversées clandestines et les violences subies. Contrairement à certaines idées reçues, Soidrou Ben Ali insiste sur les raisons qui l’ont poussé à entreprendre ce voyage périlleux. Il ne s’agissait pas, selon lui, d’une quête de confort, mais d’une urgence vitale. « Mon fils était gravement malade. Si j’avais suivi les procédures classiques pour obtenir un visa, nous n’aurions jamais eu le temps », explique-t-il.
Le 14 juillet 2025, il quitte Moroni pour Anjouan, accompagné de son fils. Sur place, à Marahare, il débourse 200 000 francs comoriens pour la traversée. Le départ a eu lieu dans la soirée. Le drame surviendra quelques heures plus tard, aux alentours de 5 heures du matin. Dans son récit, il évoque également les difficultés d’accès aux soins et les contraintes administratives. Selon lui, les patients comoriens se tournent vers Mayotte faute de solutions rapides sur place, avec parfois l’espoir d’être transférés ensuite vers La Réunion si nécessaire. En se tournant vers l’ONU, Soidrou Ben Ali espère aujourd’hui faire reconnaître les faits, obtenir justice et, surtout, éviter que de tels drames ne se reproduisent dans l’indifférence.
Mohamed Ali Nasra
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