À Mbatsé, sur l’île de Mohéli, Akmaldine Djalila a grandi au milieu des champs cultivés par sa famille et les femmes de son village. Là où le manque d’eau compliquait autrefois l’agriculture, de nouvelles infrastructures améliorent progressivement les conditions de production. Aujourd’hui étudiante en agronomie, la jeune femme veut mettre ses connaissances au service des producteurs et contribuer à une agriculture comorienne plus moderne et résiliente.
À Mbatsé, l’histoire d’Akmaldine Djalila commence dans les champs. Depuis son enfance, elle observe ses proches travailler la terre, préparer les parcelles, planter, entretenir les cultures et rechercher l’eau nécessaire à leur irrigation. L’agriculture fait partie de son quotidien et de l’histoire de sa famille. Elle grandit aussi au contact des femmes de l’association Mavouna Ya Baraka, engagées dans la production agricole pour améliorer les revenus de leurs ménages. Mais pendant longtemps, une difficulté revient constamment : l’accès à l’eau. En saison sèche, lorsque les pluies deviennent rares, irriguer les cultures représente un véritable défi. Pour ces femmes, le manque d’eau ne menace pas seulement leurs récoltes. Il affecte aussi directement les revenus qui leur permettent de répondre aux besoins de leurs familles, notamment l’alimentation et la scolarisation des enfants.
C’est dans cet environnement que grandit Djalila. Après son baccalauréat, la jeune femme choisit de poursuivre ses études à l’Université des Comores. Sa filière : l’agronomie. Un choix qui s’est construit progressivement. Djalila raconte notamment avoir été marquée par des discussions entre les membres de sa famille autour de l’agriculture et des activités de l’association Mavouna Ya Baraka. « Quand j’ai entendu la discussion, cela m’a beaucoup intéressée. C’est ce qui m’a poussée à aller dans ce domaine », explique-t-elle. À travers ces échanges et l’expérience de sa famille, elle commence à regarder l’agriculture autrement. Elle ne la considère plus uniquement comme un travail manuel exercé dans les champs. Elle y voit un secteur qui peut évoluer grâce aux connaissances, aux nouvelles techniques et à la transformation des produits. Aujourd’hui, lorsqu’elle revient sur les parcelles de Mbatsé, son regard n’est plus seulement celui de la jeune fille qui observait sa famille travailler. C’est aussi celui d’une future professionnelle.
Dans le cadre des interventions visant à renforcer la résilience climatique et l’accès à l’eau, des infrastructures ont progressivement été développées à Mbatsé. L’amélioration de l’accès à l’eau facilite aujourd’hui l’irrigation des cultures et permet aux producteurs de travailler dans de meilleures conditions. Une eau plus disponible permet de mieux irriguer. Mais pour Djalila, cette évolution produit également un autre effet : elle lui permet d’imaginer l’agriculture comme un véritable secteur d’avenir. Elle veut désormais utiliser ses études pour accompagner les producteurs, améliorer les techniques agricoles et explorer davantage les possibilités offertes par la transformation des produits locaux. La jeune étudiante s’intéresse notamment à la transformation agroalimentaire.
Pour elle, produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir conserver et valoriser les récoltes. Une forte production de tomates, par exemple, peut rapidement devenir une perte si elle ne trouve pas de débouchés. Mais ces tomates peuvent aussi être transformées. Les fruits peuvent devenir des confitures. Les bananes, les pommes de terre et d’autres productions locales peuvent également être valorisées sous différentes formes. Djalila imagine ainsi une agriculture qui ne s’arrête pas à la récolte. Elle veut contribuer à une chaîne plus large, allant de la production à la transformation, à la conservation et à la commercialisation. Une manière, selon elle, de créer davantage de valeur pour les producteurs. Djalila sait cependant qu’un autre défi demeure : convaincre davantage de jeunes de s’intéresser au secteur.
Dans un pays où une grande partie des produits alimentaires est encore importée, l’engagement d’une nouvelle génération formée aux métiers agricoles pourrait aussi contribuer à renforcer la production locale. Le parcours de Djalila intervient dans une année particulière. Cette année, le PNUD célèbre 50 ans de partenariat avec les Comores, un demi-siècle d’accompagnement aux côtés des institutions nationales, des collectivités et des communautés. Au fil de ces décennies, les interventions ont notamment porté sur l’accès à l’eau, l’agriculture, la résilience face au changement climatique, l’autonomisation économique des femmes et l’engagement des jeunes. Le parcours de Djalila ne résume pas à lui seul cinq décennies d’intervention du PNUD aux Comores. Mais il donne un visage concret à une partie de ces transformations. Elle doit poursuivre ses études, acquérir de l’expérience et approfondir ses connaissances. Mais son projet est déjà d’utiliser ce qu’elle apprend pour contribuer, à son tour, à l’agriculture de son pays.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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