« J’ai consacré ma vie à chercher à être utile à mon pays, aux miens et n’ai été guidé pendant toute ma carrière politique, qui a duré plus d’un demi-siècle, que par l’intérêt général, celui de mon Peuple au service duquel j’ai posé chacune de mes actions à travers chaque fonction que j’ai eu l’honneur d’exercer ». Le 22 août 2019, Said Hassan Said Hachim
La nouvelle est tombée ce lundi 30 novembre en début de soirée. Même si tout le monde s’y attendait, la nouvelle tel un éclair a fait le tour du pays et des réseaux sociaux où les hommages à l’illustre disparu se déversaient tel un torrent. Il avait 88 ans et ces dernières années il avait pris les habits du patriarche, œuvrant pour la réconciliation nationale entre les enfants des iles de la lune. En effet, il intervenait assez régulièrement dans les débats politiques nationaux pour prêcher la tolérance et inciter les uns et les autres à se rapprocher pour trouver les solutions idoines aux conflits politiques multiples du pays.
Dans sa déclaration du 22 aout 2019, il disait : « C’est la prière que j’adresse à notre Seigneur à qui, dans le silence de chaque nuit et dans l’intimité de mon être, je demande de guider notre pays vers le chemin de la droiture, de la justice et de la paix et que dans son infinie Miséricorde, Il mette dans le cœur de chaque Comorien, l’amour de son prochain ».
Homme pieux, il fut un des remparts pour la pratique de l’islam sunnite respectueux des traditions comoriennes. Sa force, répétait-t-il souvent, il la doit à ses aïeux notamment les Abou Bakr Ahli bin Salim et ses descendants. Petit fils du sultan Hachim et pilier de la lignée Inya Mdombozi, il est une personnalité très respectée par une frange importante de la population de par sa longue carrière politique mais aussi de par sa sagesse.
Après avoir vécu et travaillé dans sa jeunesse à Madagascar, il rentre dans son archipel et embrasse rapidement la politique. Il fait partie de cette nouvelle génération que le président Said Mohamed Cheikh propulse durant l’autonomie interne.
Il est d’abord Député à l’Assemblée Territoriale de 1962 à 1970. Il devient ensuite Secrétaire général de parti « Udzima » de 1972 à 1975. Il est membre de la délégation comorienne aux négociations des Accords dits du 15 juin 1973, devant conduire l’archipel à l’indépendance. Contestant les méthodes brutales et coécrives du régime d’Ali Soilihi Mtsashiwa, il est accusé de complots et emprisonné durant plusieurs mois.
Après la chute de ce dernier et le retour d’Ahmed Abdallah, il revient dans la politique. Élu brillamment Gouverneur de l’ile de Ngazidja en 1979, il initie de nombreuses réformes pour tenter d’amorcer un développement de l’île. Cependant l’autonomie de décisions dont les Gouvernorats des îles bénéficiaient à l’époque a été de courte durée ; elle est rapidement confisquée par le gouvernement central.
Il quitte le Gouvernorat et entre au Gouvernement comme ministre d’Etat à la Présidence chargé des relations avec le Parlement. En 1985, il est promu Ministre d’Etat à la Production. Il se brouille la même année avec le président Ahmed Abdallah Abdérémane et tombe en disgrâce. Il se réconcilie à nouveau avec Ahmed Abdallah, quatre ans plus tard.
A la mort tragique de ce dernier, il est au côté du président Said Mohamed Djohar comme Ministre de l’équipement chargé des postes et télécommunications puis Ministre d’Etat, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération en 1991. En 1993, il est à nouveau élu député et préside le groupe parlementaire de l’opposition. Sous le président Mohamed Taki Abdoulkarim, il est nommé Ambassadeur des Comores en 1996, poste qu’il occupe jusqu’en 2001.
Said Hassane Said Hachim était connu pour ses discours mielleux qui lui ont valu le surnom de « ndjizi » (miel). Il fût l’initiateur du concept « utadjiri wa hafla », qu’on pourrait qualifier de « richesse soudaine » pour fustiger dans son langage imagé la corruption qui commençait à pointer le bout de son nez. Il a popularisé chez nous l’appel de l’écrivain et ethnologue malien Amadou Hampâté Bâ (1900-1991) : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ». Sa disparition le démontre clairement.
Bien sûr, comme tout être humain sur terre, il a commis des erreurs dans sa vie sur près de 50 ans de vie publique. Il n’en demeure pas moins que son apport pour la cohésion sociale dans notre pays est inestimable. Le drame serait que le microcosme politique fasse la sourde oreille sur ses appels incessants à nous unir pour le bien-être commun du pays. A maintes reprises, il avait plaidé « la paix des braves », entre l’actuel locataire de Beit Salam et ses adversaires politiques, et particulièrement l’ancien président Sambi, dont il jugeait injuste son maintien en détention sans aucune forme de procès, alors qu’il avait contribué à l’élection du président Azali en 2016.
Il est récipiendaire de nombreuses décorations dont celle de Grand Officier de la légion d’honneur. Ancien député, chef de parti, plusieurs fois ministres, diplomate, Said Hassan Said Hachim incarnait l’intégrité, l’élégance et la retenue, une gageure dans ce monde d’aujourd’hui. Il était un des fondateurs en 2015 du Collectif du 11 août pour des assises nationales inclusives.
Said Hassan Said Hachim a été enterré à Foumbouni ce mardi 1er décembre, en présence d’une foule nombreuse et du Chef de l’Etat qui l’a décoré à titre posthume de la médaille de Commandeur du Croissant vert. Auparavant, un hommage solennel lui a été rendu à la Grande Mosquée de vendredi de Moroni, par la population de la capitale. Un éloge funèbre a été prononcé à l’occasion par l’ancien président de l’Université des Comores Damir Ben Ali.
Mmagaza
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