L’exaspération a atteint son point de rupture. Hier lundi 6 avril, des commerçants ont bloqué les portails de l’Office national d’importation et de commercialisation du riz (ONICOR), ravivant un dossier sensible qui, depuis des mois, fait couler beaucoup d’encre.
À l’origine ; une opération d’importation de riz controversée. Selon les commerçants mobilisés, ils avaient versé d’importantes sommes estimées à près de 2 milliards de francs comoriens pour l’achat de riz censé être commandé à Dar es Salaam. Mais cette commande aurait été effectuée sans appel d’offres et en dehors des procédures habituelles, par un agent de l’ONICOR. Une partie du riz a bien été livrée aux Comores, mais sa qualité jugée médiocre a conduit les commerçants à refuser la marchandise. Quant au reste de la commande, il n’aurait jamais été livré. Une situation qui alimente aujourd’hui un profond sentiment d’injustice. Face à ces irrégularités, l’agent impliqué a été suspendu. Toutefois, selon les commerçants, aucune suite judiciaire n’a été donnée à cette affaire. « Comment peut-on suspendre quelqu’un sans qu’il soit auditionné ou convoqué devant la justice, alors que des milliards sont en jeu ? », s’interrogent-ils.
Le dossier se complexifie davantage avec l’implication du système bancaire. Selon plusieurs sources, cette cargaison aurait été financée par des fonds de la Banque islamique, avec une garantie apportée par la Banque de développement des Comores, laquelle exigerait la mise en vente du riz. L’ONICOR se retrouve ainsi face à un dilemme délicat : respecter ses engagements vis-à-vis des institutions financières ou céder à la pression des commerçants. L’office propose aujourd’hui de vendre le riz disponible afin de rembourser les opérateurs concernés. Une option catégoriquement rejetée par ces derniers, qui y voient une tromperie et réclament plutôt la livraison de sacs de riz proportionnellement aux montants déjà versés. Drapés de turbans rouges, symbole de leur mobilisation, les commerçants ont décidé de passer à l’action en bloquant les accès de l’ONICOR. Ils dénoncent près de deux années d’attente, de promesses non tenues et de démarches restées sans réponse concrète.
« On nous a dit que le bateau arrivait, qu’il était proche. On nous a demandé de payer, et nous l’avons fait. Mais jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas reçu la totalité de notre riz », témoigne Oubeidillah, visiblement à bout. Une autre commerçante se montre tout aussi déterminée : « Nous ne partirons pas. Même s’il faut aller en prison, nous resterons ici jusqu’à obtenir soit notre argent, soit notre riz ». Au-delà de ce blocage, c’est toute la question de la gouvernance et de la transparence qui est posée. Dans un pays où le riz constitue une denrée essentielle, ce litige met en lumière une crise de confiance profonde entre l’ONICOR et les opérateurs économiques.
Aujourd’hui, les regards se tournent vers les autorités, appelées à clarifier les responsabilités et à apporter une réponse concrète à un dossier qui fragilise durablement le tissu économique national. À l’heure où nous bouclions ces quelques lignes, la gendarmerie était sur place pour essayer d’apaiser la situation. Nous y reviendrons.
Mohamed Ali Nasra
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