Il y a un an jour pour jour disparaissait Abdou Bakari Boina, ancien secrétaire général du Mouvement de Libération Nationale des Comores (MOLINACO). Il fait incontestablement partie des figures historiques de la libération de l’Afrique. Originaire de Koua dans la région de Mitsamiouli, Abdou Bakari Boina est parmi les rares personnes de l’élite comorienne des années 60 à s’interroger sur les dures réalités des Comores et sur son évolution future. Il s’engage, sans hésiter, dans la revendication d’indépendance dans les rangs du MOLINACO. Ce mouvement est né en 1962 à Zanzibar, mais il n’est officiellement connu du grand public qu’à partir de 1963. Son siège est installé à Dar es Salam, capitale de la Tanganyika, terre d’asile pour de nombreux indépendantistes et nationalistes africains dont le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO), l’African National Congress (ANC), le Pan African Congress (PAC), le Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA) ou la Zimbabwe African National Unity (ZANU).
La Tanganyika non seulement leur accorde l’hospitalité mais leur procure un soutien diplomatique. Grace à ce soutien et à celui des pays progressistes du monde, Le MOLINACO popularisera le combat pour l’indépendance des Comores qui connaîtra son paroxysme au début des années 70 avec l’avènement du Parti Socialiste des Comores (PASOCO), qui a servi aussi de catalyseur à la revendication indépendantiste à travers son mot d’ordre « Mkolo nalawe » (« Dehors le colon ») et le PEC-MOLINACO. En quelques années, la lutte pour l’indépendance gagnera les rangs des partis au pouvoir dont l’Union pour la Démocratie des Comores (UDC ou « parti vert »), sous l’autonomie interne, mais aussi son opposition dont le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès des Comores (RDPC ou « parti blanc »). Elle culminera le dimanche 6 juillet 1975, qui marque la fin officielle de la colonisation et la naissance de l’État comorien.
Abdou Bakari Boina est une référence nationale. C’est un modèle, une source d’inspiration pour les nationalistes Comoriens. Par sa présence à la tête du MOLINACO, il a eu à renforcer la visibilité du mouvement nationaliste Comorien pour le monde extérieur et ce dans une période difficile de « guerre froide ». Il considérait l’indépendance des Comores comme une évolution nécessaire dans l’histoire d’une Afrique décolonisée ayant la maitrise de son développement. Pour lui la place des Comores n’était pas dans le confetti des DOM-TOM français mais dans le concert des nations libres et prospères. Certes les acquis de près d’un demi-siècle d’indépendance ne sont pas à la hauteur des attentes, cependant l’espérance est présente.
Un vaste chantier pour sortir du sous développement est ouvert. En cette période de campagne électorale, la kyrielle de candidats a les yeux rivés plutôt sur le trône (shiri) et semble oublier l’essentiel, à savoir comment réduire des inégalités criantes accumulées depuis des décennies, comment combattre les grandes maladies, préserver l’environnement et créer un avenir meilleur pour tous. Nos héros de l’indépendance ont tracé la voie, la classe politique post indépendance devait quant à elle renforcer les contours de ce développement. Or depuis 44 ans, notre classe politique peine à trouver la voie et à défaut elle fait du surplace. Il n’y a pas eu véritablement un engagement pour le développement. Cet engagement doit s’inspirer du combat mené par Abdou Bakari Boina et l’ensemble des militants indépendantistes. La nation comorienne se doit de rendre un hommage à tous ces hommes et ces femmes, héros de l’indépendance ayant eu à consacrer toute leur vie au combat pour la dignité du pays. Ce devoir de mémoire et surtout l’élaboration d’un ouvrage d’histoire générale des Comores, sont indispensables pour l’éveil des consciences et à un engagement véritable des nouvelles générations pour la construction nationale et pour l’édification d’une nation comorienne unie et prospère.
Mmagaza
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