La Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés a été officiellement installée le 12 février, en présence du chef de l’Etat. Sa présidente, Sittou Raghadat Mohamed a du grain à moudre, ainsi que son équipe. La situation des droits de l’homme n’est guère reluisante.
Une cérémonie d’installation de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés a eu lieu ce 12 février. Elle a été patronnée par le Chef de l’Etat lui-même Azali Assoumani. Composée de 12 personnes, la présidente de cette structure n’est pas une inconnue. Pionnière dans bien des domaines, Sittou Raghadat Mohamed est la première ministre, la première députée du jeune Etat comorien. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle a du pain sur la planche. Exactions, tortures, arrestations forcées, intimidations, insalubrité des prisons, violences policières, Cour de sûreté de l’Etat, la présidente de la Cndlh a fort à faire.
« La priorité des priorités, Sittou Raghadat est de remettre sur les rails cette Commission frappée d’indolence depuis au moins deux ans », a par exemple fait savoir Houmed Msaidie, avec le sens de la formule qu’on lui reconnaît. Pour le secrétaire général du parti Radhi, « il faut qu’elle fasse l’inventaire par rapport aux objectifs initiaux de la commission pour en dégager rapidement un plan d’actions prioritaires et à partir de celui-ci, redynamiser la structure pour en faire un véritable instrument de combat contre les injustices et les inégalités de toutes sortes ».
Les actions à prioriser sont tellement nombreuses qu’il sera sans doute difficile d’en faire un classement. Le candidat à la prochaine élection présidentielle, Said Larifou insiste : « pour la crédibilité de cette institution, ses membres doivent impérativement prendre leurs distances avec les politiques pour pouvoir agir dans l’intérêt des Droits de l’Homme et ne rendre compte qu’à leur conscience ». L’avocat ira un peu plus loin, en affirmant vigoureusement que « nous devons tous aider cette structure à gagner en crédibilité et éviter qu’elle ne soit un machin au service du pouvoir ».
Plus concrètement, Said Larifou estime dans ce contexte électoral marqué par toutes formes de pressions policières et judiciaires, « la commission doit en priorité demander une harmonisation de la législation comorienne aux textes fondamentaux ». Le candidat pense par là « à l’abrogation de la Cour de sûreté de l’Etat en ce sens que ses règles de fonctionnement, la procédure de saisine et ses décisions sont contraires à la constitution de l’Union des Comores ainsi qu’aux textes et engagements internationaux ratifiés par les Comores ».
Evidemment que la question de la prison de Moroni s’est logiquement invitée. Pour lui, elle doit être fermée « et les détenus transférés en un autre lieu. Il est intolérable de garder des êtres humains dans une prison aux conditions dégradantes humainement », a-t-il appelé.
La porte-parole de la 3eme Voie, Nadia Tourqui, a tracé un tableau (très) exhaustif de la situation en s’appuyant notamment sur le dernier Examen Périodique Universel des Nations Unies, qui est selon elle, « assez édifiant ». De très nombreuses recommandations en sont issues. « Celles-ci au nombre de 163 font notamment référence à l’abolition des discriminations (certaines dispositions de notre constitution doivent être révisées à cet effet), au respect des libertés publiques, à l’application systématique d’une approche basée sur les droits de l’homme dans les politiques publiques, à l’abolition de la peine de mort et aux respect des standards internationaux dans les conditions de détention, à des investigations sur les cas de détentions arbitraires et de tortures, à des formations sur les droits de l’homme ciblées sur la police et les forces armées et les agents publics de manière générale, ou encore à l’amélioration du fonctionnement de la justice, etc… », a-t-elle longuement expliqué. Elle a par ailleurs fait savoir que Le Collectif de la 3eme Voie « était disposé à appuyer la CNDHL dans l’accomplissement de cette vaste et noble mission ».
Vaste chantier que celui qui attend Sittou Raghadat Mohamed et son équipe. En ayant en tête, que pour ce pays aux relents sexistes et misogynes, l’échec d’une femme équivaut à l’échec de toute la gente féminine. L’équipe de la Gazette des Comores lui souhaite plein succès.
Faiza Soulé Youssouf
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