La Gazette

des Comores

Commentaire / Quand on n’est pas d’accord, on dit non

Commentaire / Quand on n’est pas d’accord, on dit non © : HZK-LGDC

« Il y aurait eu mille non, ce qu’a fait Said Hassan Said Hachim serait « juste » un non de plus. C’est parce que notre jeunesse est taiseuse, inerte que l’attitude de SHSH détonne. Ce qu’il a fait, en réalité, nous renvoie en pleine gueule l’abjection de notre propre renoncement ».


De quelle jeunesse sommes nous le nom quand dans notre insolente inertie, nous nous époumonons (sur les réseaux sociaux) parce qu’un octogénaire, n’étant pas d’accord, a dit non. Pourtant, ce devrait être logique, quand on n’est pas d’accord, on dit non. Said Hassan Said Hachim ne se doutait pas une seule seconde que parce qu’il a refusé de tendre le micro à un homme, fut-il président, le 21 août lors d’un madjliss au Foyer des Femmes de Moroni, il allait être hissé au rang des héros de notre pays. Je pense, qu’il estime que quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir.

 

Depuis ce 21 août donc, la toile ne tarit pas d’éloges à l’endroit de l’ancien gouverneur Said Hassan Said Hachim. On le brandit tel un libérateur, un héros, un brave. Ce qu’il est sans doute. Il est celui qui a osé dire non au Chef des armées. Au premier Magistrat. Mais si ce geste a pris une telle ampleur, c’est sans doute parce qu’elle révèle nos propres défaillances, notre propre silence face à ce qui se passe dans notre pays, aujourd’hui comme hier. Au séparatisme qui nous pend au nez, à la cohésion sociale qui est chaque jour malmenée. Nous sommes la jeunesse parmi les plus inexpressives au monde. Une jeunesse sans doute perdue parce que nous attendons, qu’un homme qui fut présent lors de la libération de notre pays en 1975, se bouge encore parce que nous préférons le très relatif confort de nos lendemains incertains à la certitude d’un inconfort aujourd’hui pour construire un avenir plus juste.

 

Quelle est la suite ? Devrons-nous attendre qu’il s’attaque à la justice inique qui se joue au tribunal ? Qu’il dénonce les viols de nos enfants, l’évasion programmée et grassement payée de leurs agresseurs ? Devrons-nous attendre à ce que ce soit lui qui batte le pavé pour les milliers de chômeurs, qui désespérés tentent de plus en plus la traversée entre Anjouan et Mayotte ou plus loin encore, la méditerranée. Devrons-nous attendre à ce qu’il prenne le micro pour dénoncer la déliquescence de notre système éducatif, de notre système sanitaire ?

 

Ce qu’a fait Said Hassan, et le tollé qui en a suivi révèle aussi notre incapacité à dire « non ».  Nous marquons tellement rarement notre désaccord face à tout, même à l’impensable, l’innommable, l’inqualifiable. Qu’on se le dise, ceci n’est pas un appel à une quelconque révolte, mais pour qu’un Etat se construise, il a besoin de garde-fous. Et c’est à la jeunesse (entre autres) de jouer ce rôle.

 

Il y aurait eu mille non, ce qu’a fait Said Hassan Said Hachim serait  « juste » un non de plus.  C’est parce que notre jeunesse (à l’exception notable d’une partie de la diaspora) est taiseuse, inerte que l’attitude de SHSH détonne. Ce qu’il a fait, en réalité, nous renvoie en pleine gueule l’abjection de notre propre renoncement. Qu’on se le dise, nous sommes fiers, tous autant que nous sommes, que loin de se reposer (pourtant il le mérite), il se batte encore, avec les armes à sa disposition, pour ce qu’il croit être juste. Mais de grâce que la jeunesse comorienne en prenne de la graine ; qu’elle apprenne enfin à dire non quand elle n’est pas d’accord. A le montrer, à le crier, à le hurler.

 

Parce qu’en réalité, de quelle jeunesse serions-nous le nom si rien absolument rien, ne nous fait bouger. Attentistes, passifs, fatalistes, la main sur la joue à attendre que les Cieux se plient en 4 pour nous permettre de manger à notre faim, de boire à notre soif, de nous éclairer, de nous éduquer, de nous soigner. De quelle jeunesse, sommes nous donc le nom quand nous sommes dans l’incapacité de marquer notre désaccord, en disant non ?

 

Fsy

 


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