Cinq employés du Magasin Nardassi sont poursuivis pour un vaste détournement de marchandises estimé à 200 millions de francs comoriens. Jugée au tribunal de Moroni, l’affaire met en lumière un système de fraude interne présumé, organisé tout au long de l’année 2024. Le délibéré est attendu le 25 juin soit dans deux mois.
Cinq personnes ont comparu, jeudi 23 avril dernier, devant le tribunal correctionnel de Moroni pour des faits de vol et de complicité. L’affaire concerne le dépôt de marchandises de la société Magasin Nardassi Houmadi Sarlu et porterait sur des faits commis durant l’année 2024. Le préjudice est estimé à 200 millions de francs comoriens. Le principal prévenu, Imram, était absent à l’audience. En fuite, il s’est évadé de la maison d’arrêt de Moroni durant le mois de Ramadan. Les quatre autres prévenus ont, quant à eux, répondu à la convocation du tribunal. Parmi eux, trois ont reconnu les faits à la barre : Salim Hamadi, Farouk Ali et un troisième dont l’identité n’a pas été précisée lors de l’audience. Le quatrième, poursuivi pour vol et recel, a comparu libre et a contesté les accusations portées contre lui.
Selon l’ordonnance de renvoi, tous les prévenus étaient employés par la société au moment des faits. Affectés au dépôt, ils avaient accès aux bons de sortie. Le mode opératoire décrit est similaire : ils présentaient au magasinier des factures falsifiées, consistant notamment à ajouter un zéro à la quantité mentionnée. Ainsi, une commande de 10 unités était transformée en 100. La marchandise excédentaire était ensuite retirée du dépôt sans contrepartie. Une facture datée de 2024, présentant cette altération visible, a été versée au dossier par la partie civile.
Dans sa plaidoirie, Me Nezif-Hadj Ibrahim, avocat de la société, a détaillé l’évaluation du préjudice. Le montant de 200 millions KMF repose, selon lui, sur trois éléments : la durée des détournements sur l’ensemble de l’année 2024, leur caractère répétitif et organisé, ainsi que l’existence d’une fraude documentaire. « Chaque prévenu pouvait soustraire des marchandises pour une valeur pouvant atteindre 600 000 KMF par jour », a-t-il précisé. Cette estimation correspond aux pertes constatées lors de l’inventaire annuel de l’entreprise. Sur le plan juridique, l’avocat a sollicité l’application de l’article 22 du Code pénal, relatif à la solidarité des condamnés en matière de restitution et de dommages-intérêts. Il a ainsi réclamé 200 millions KMF au titre du préjudice principal, ainsi que 20 millions supplémentaires pour les préjudices divers.
De son côté, le ministère public a requis une peine identique à l’encontre des prévenus : trois ans d’emprisonnement, dont huit mois ferme. Il a motivé ces réquisitions par la gravité des faits et l’importance du préjudice allégué. La défense, assurée notamment par Me Anfane Assane pour deux des prévenus, a présenté des arguments distincts. L’avocat a plaidé coupable pour Salim Hamadi, qui avait reconnu les faits dès l’enquête préliminaire. Il a invoqué plusieurs circonstances atténuantes : l’absence d’antécédents judiciaires, des aveux complets, des charges familiales importantes et des pressions subies dans le cadre professionnel. En revanche, pour Farouk Ali, il a plaidé la relaxe, contestant la matérialité des faits et l’absence d’éléments précis permettant d’individualiser sa responsabilité. Le tribunal a d’ailleurs ordonné la mainlevée du mandat de dépôt le concernant. Le délibéré est fixé au 25 juin 2026.
El-Aniou Fatima
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