La Gazette

des Comores

Canal du Mozambique : La France arraisonne un pétrolier soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe

Canal du Mozambique :  La France arraisonne un pétrolier soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe © : HZK-LGDC

Sept jours après la démonstration aérienne de Pégase 26 à La Réunion, la Marine nationale a arraisonné le pétrolier DF Peak, soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme. Une opération en haute mer qui transforme la rhétorique de la sécurisation collective prônée par Catherine Vautrin en acte de police maritime.


L'opération a eu lieu le 12 octobre, à plus de 450 milles nautiques au sud de La Réunion. Le DF Peak, pétrolier suspecté de naviguer sous pavillon usurpé et de convoyer illicitement du carburant, a été intercepté par une frégate française. Selon l'état-major, l'arraisonnement s'est fondé sur l'article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui autorise la vérification de la nationalité réelle d'un navire en cas de doute sérieux. Objectif officiel : lever le voile sur une identité douteuse. Objectif officieux : envoyer un signal. Car le canal du Mozambique n'est plus une périphérie. Depuis l'escalade au Proche et Moyen-Orient en février 2026, le trafic y a bondi de 30%. Les armateurs évitant Bab el-Mandeb s'y engouffrent, et avec eux, ce que Paris qualifie de flotte fantôme : entre cinq et dix navires sous sanctions internationales y transiteraient chaque jour. Pétrole russe, carburant iranien, cargaisons non déclarées : l'axe est devenu une zone grise du commerce mondial, au cœur de la zone de compétence de la Commission de l'océan Indien.

 

La séquence était préparée. Les 5 et 6 octobre, Catherine Vautrin a enchaîné Saint-Denis et Antananarivo. À La Réunion, face aux chefs d'état-major de la COI - dont le capitaine de vaisseau comorien Hamza Saïd et le délégué de la DNPE Fakridine Mahamoud - elle a plaidé pour une sécurisation commune. « C'est un endroit où nous devons préserver l'environnement, préserver la sécurité. Et cela nécessite des coopérations », a-t-elle déclaré, en insistant sur le « respect de la souveraineté de chacun ». À Madagascar, le ton était plus direct : « Nous sommes deux pays voisins qui partagent une vision commune des enjeux de sécurité dans la zone sud de l'océan Indien. Je pense notamment au canal du Mozambique, dont l'importance stratégique ne cesse de croître. »

 

Sept jours plus tard, le DF Peak tombe. Le calendrier n'est pas un hasard. Après Pégase 26 et son ballet de Rafale ravitaillés au-dessus de l'océan, Paris devait prouver que sa « communauté de destin » vantée lors du symposium des chefs d'état-major n'est pas qu'une formule. L'arraisonnement, présenté comme une opération de police en haute mer, est d'abord une démonstration politique : la France peut encore faire respecter le droit à 10 000 kilomètres de l'Hexagone, et La Réunion est son porte-avions. Reste la question qui fâche. Qui contrôle, au nom de qui ? Paris promet des patrouilles continues, en coordination avec ses partenaires. Mais dans un canal où les Comores, le Mozambique et Madagascar revendiquent leur souveraineté, chaque arraisonnement français sera scruté. Le DF Peak n'est qu'un premier test.

 

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.