À l'approche de la 17e Conférence des Parties (COP 17) de la Convention sur la diversité biologique (CDB), prévue à Erevan en Arménie en octobre prochain, l'évaluation mondiale des progrès du Cadre mondial pour la biodiversité (GBF) de Kunming-Montréal révèle un retard préoccupant.
Lors d’un dialogue tenu en Chine, il a été constaté que si l'adoption du cadre en 2022 avait suscité une dynamique politique majeure, la mise en œuvre concrète ne suit pas le rythme requis pour enrayer l'érosion de la nature. Moins de la moitié des Parties indiquent être en mesure d'atteindre les cibles fixées pour 2030. Ce déficit d'action touche particulièrement les pays en développement, au premier rang desquels figurent les nations africaines et les Petits États insulaires en développement (PEID). Le rapport mondial met en évidence de multiples disparités structurelles entre pays développés et pays en développement. L'hétérogénéité des capacités scientifiques, techniques et institutionnelles entrave directement la capacité d'action de nombreuses nations. Le manque de ressources a notamment entraîné une sous-représentation marquée de régions entières, à l'instar des États insulaires des Caraïbes et du Pacifique, dans les processus nationaux de suivi et de rapportage.
Par ailleurs, les travaux préparatoires menés en Afrique, notamment lors des réunions de Nairobi au Kenya, ont souligné que l'élaboration des objectifs nationaux s'est souvent effectuée dans des délais très courts et avec des moyens financiers très restreints. De surcroît, certaines cibles mondiales ne correspondent pas aux réalités socio-économiques locales. C'est le cas de la cible 16 sur la consommation durable, difficilement transposable aux pays les moins avancés où la consommation par habitant demeure extrêmement faible. Pour les pays africains et les insulaires, l'ambition politique est indissociable de la disponibilité de moyens de mise en œuvre adéquats, prévisibles et accessibles. Les transferts de technologies, le renforcement des capacités et l'accès aux financements internationaux constituent les verrous majeurs du déploiement des stratégies nationales. Or, les sous-cibles financières relatives aux flux internationaux provenant des pays développés peinent à être honorées.
Cette pénurie de moyens engendre un déséquilibre préjudiciable. Lorsque les ressources financières font défaut, les gouvernements se voient contraints de prioriser la conservation stricte au détriment des objectifs d'utilisation durable et de partage juste et équitable des avantages découlant des ressources génétiques. Pourtant, l'équilibre entre ces trois piliers de la CDB est indispensable pour concilier la protection de la biodiversité avec le développement économique, la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire. Face à ces enjeux, les débats de préparation, co-animés par des représentants du Sud comme l'Afrique du Sud, préconisent des réformes ciblées. Il est recommandé de faciliter un accès direct et flexible aux mécanismes financiers pour les communautés locales, les femmes et les jeunes, tout en renforçant les centres régionaux de soutien technique. L'aboutissement des engagements de transfert de capitaux envers le Sud sera décisif à Erevan pour bâtir une gouvernance inclusive et efficace de la nature.
Mmagaza
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