Azad Abdallah, plus connu sous le surnom de Tchitcha, a déposé ce mardi 9 décembre 2025 une plainte contre l’hôpital El-Maarouf et le Dr Mouhidine Ahmed Djaé, médecin traitant, pour ce qu’il qualifie de négligences graves dans la prise en charge. Une négligence qui a conduit à l’amputation de sa jambe gauche.
Azad Abdallah, 28 ans, originaire de Nioumadzaha Bambao, a été victime d’un accident de la route le vendredi 12 septembre, vers 21h, alors qu’il circulait en trottinette sur la nationale 2 à Nioumadzaha. Un véhicule roulant à tombeau ouvert l’a percuté. L’impact lui a provoqué plusieurs fractures, notamment à l’humérus et au péroné gauches. Il est transporté d’urgence à El-Maarouf, où il restera une semaine avant son évacuation. D’après son avocat, la victime était désorientée et souffrait de fortes douleurs. C’est au cours de son séjour à l’étranger que les médecins auraient confirmé l’ampleur des lésions et relevé des problèmes dans la prise en charge initiale. La plainte déposée hier mardi vise à la fois le médecin, le Dr Mouhidine Ahmed Djaé, et l’établissement hospitalier, El-maarouf.
Selon la plainte que nous avons pu consulter, il est reproché au Dr Mouhidine Ahmed Djaé de « négligence médicale grave », et « retard et défaut de soins » entre autres. Quant à l’hôpital, le plaignant lui reproche de « carences organisationnelles et défaut de supervision », et de « défaut de transfert » entre autres griefs. « Le médecin est accusé d'avoir pratiqué une intervention chirurgicale sans respecter les protocoles élémentaires d'asepsie et d'avoir refermé la plaie sans la nettoyer correctement, ce qui a entraîné une infection sévère ayant conduit à l'amputation de la jambe gauche », explique l’avocat du plaignant qui annonce une deuxième plainte auprès du Conseil d’ordre des médecins.
Concernant El-Maarouf, la plainte fait état de carences organisationnelles liées à la supervision des actes médicaux, d’un défaut de transfert vers un service mieux équipé, malgré la gravité de l’état du patient et d’une non-assistance à personne en péril, du fait de l’absence de mesures adaptées face à l’évolution de son état. L’avocat insiste sur le fait que ces accusations devront être confirmées par l’enquête : « Nous demandons que la justice détermine clairement les responsabilités. » Évacué à Dar es Salam le jeudi 18 septembre, Azad Abdallah apprend que la jambe gauche doit être amputée. Selon les médecins tanzaniens, cités dans la plainte, la plaie n’aurait pas été nettoyée correctement et l’infection aurait déjà largement progressé. Il est rentré aux Comores le 6 décembre dernier. La veille de son évacuation, 17 septembre, une odeur infecte envahit sa chambre d’hôpital. C’était la chair de sa jambe qui était en train de se décomposer.
La victime raconte avoir vécu cinq jours « dans le flou », entre douleurs extrêmes et pertes de mémoire. Aujourd’hui, il dit faire face à un choc physique et psychologique : « Je me suis réveillé, et le lendemain je partais pour la Tanzanie. Je n’arrivais même pas à me souvenir de tout. Maintenant, je dois vivre sans ma jambe, alors que j’étais jeune, en bonne santé, et actif. » Selon ses médecins, un repos de trois mois lui a été prescrit, suivi d’un suivi médical total de six mois avant de retourner en Tanzanie pour de nouveaux examens.
L’objectif principal de la famille est que la justice établisse les responsabilités et qu’aucune autre personne ne subisse le même sort. « Nous parlons du principal hôpital public du pays. S’il y a des manquements graves à El-Maarouf, c’est toute la population qui est en danger », déclare l’avocat. L’enquête devra désormais confirmer ou infirmer les faits avancés, analyser les conditions de prise en charge, et déterminer si des fautes médicales ou institutionnelles ont été commises. « J’espère que le tribunal de Moroni me rendra justice après avoir subi une injustice innommable », conclut le plaignant.
Mohamed Ali Nasra
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