L’effroyable assassinat de la jeune Naicha M’madi Aboudou, au sud de l’île de Ngazidja, relance le débat sur l’application de la peine capitale pour les auteurs de crimes. Appliquée pour la dernière fois, en 1998 dans l’affaire Taoufik, la peine capitale est toujours réclamée chaque fois qu’une affaire surgit, mais jamais appliquée. Aujourd’hui, une trentaine de condamnés à mort sont en attente d’une exécution dans leur peine.
Les États Unis d’Amérique depuis 1976, et l’arrêt Gregg contre l’Etat de Géorgie, continuent à exécuter par injection létale ses criminels les plus dangereux sans que cela ne fasse l’objet de sanctions ou contraintes de quelques natures que cela soit. C’est en tout cas l’un des arguments avancés par les sympathisants de la levée du moratoire sur les exécutons aux Comores. « Nous ne pouvons pas continuer à suivre des injonctions externes par simple peur de voir les bailleurs retirer leurs aides », nous a confié un haut magistrat. Et ce dernier de continuer en donnant sa propre vision « Il faut appliquer les décisions de justice, celles même qui impliquent la peine de mort. » Un avis qui est loin d’être isolé. Depuis la découverte macabre du corps calciné de la jeune fille, des voix de plus en plus persistantes s’élèvent pour demander l’application de la peine de mort pour les auteurs de meurtres.
Sur son compte Facebook, l’avocat Me Fahmi Said Ibrahim, pourtant opposé par principe à la peine de mort, appelle désormais à son application en citant les cas de meurtres de jeunes filles depuis 2021, jusqu’à ce jour. « Je veux m’adresser au gouvernement pour lui dire, qu’arriver à un certain stade il faut que les gens se rendent compte, que nous avons une République, un État et une loi qui dispose que la sanction suprême pour celui qui a ôté la vie d’autrui est la peine capitale. » Et ce dernier de rappeler, que notre pays n’a pas l’obligation de s’aligner sur ce qui se fait ailleurs, car chaque pays a sa trajectoire historique et ses spécificités. « Il est vrai que la France a aboli la peine de mort, par la loi Badinter, mais nous ne sommes pas obligés de suivre la France. La France a son histoire, son passé, nous avons le nôtre, ils ont leur religion, nous avons la nôtre, ils ont leur république, nous avons la nôtre. On ne peut pas à chaque fois suivre ce qui se dit ailleurs, à un moment il faut qu’on applique nos lois. »
Pareille pour le secrétaire général du gouvernement, qui a fait une sortie remarquée sur les réseaux sociaux, en appelant lui aussi à l’application de la peine de mort. Après avoir présenté ses condoléances à la famille, le coordinateur de l’action gouvernementale appelle la justice à sévir sévèrement dans cette affaire. « En cette douloureuse circonstance, nous appelons à la plus grande fermeté de la justice. De tels crimes ne doivent ni rester impunis ni être minimisés. Les actes d’une telle barbarie méritent des sanctions exemplaires, y compris l’application de la peine de mort, afin que justice soit rendue et que de tels drames ne se reproduisent plus. » Mais avec toute la bonne foi que ce message comporte, on aimerait rappeler, que presque dans toutes les affaires de meurtre la justice a toujours rendu la peine maximale. Cependant, pour l’appliquer, il faut une décision politique forte, émanant du chef de l’Etat, en signant le décret d’application.
Ce qui est sûr, la sortie du SGG peut être un prélude à une levée prochaine du moratoire sur la peine de mort. Sur le plan du droit, en tout cas, il ne fait aucun doute, que la mécanique mise en place par les présumés coupables, ressemble à ce qui est décrit par l’article 273 du code de procédure pénale. « L'homicide commis volontairement est qualifié de meurtre. Tout meurtre commis avec préméditation ou guet-apens est qualifié d'assassinat. La préméditation consiste dans le dessein formé, avant l'action, d'attente à la personne, d'un individu, ou même de celui qui sera trouvé ou rencontré quand même au même endroit dépendant de quelque circonstance ou de quelque condition. Le guet-apens consiste à attendre plus ou moins de temps, dans un ou divers lieux, un individu, soit pour lui donner la mort, soit pour exercer sur lui des actes de violence. » Si cela devait être confirmé par la justice, il ne fait aucun doute, que les auteurs méritent la peine capitale. Reste à savoir, quelle décision prendra le premier magistrat du pays, entre pression populaire et exigence des partenaires internationaux.
Imtiyaz
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