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Affaire des insurgés de la Médina de Mutsamudu : 12 ans de prison ferme pour Salami

Affaire des insurgés de la  Médina de Mutsamudu :  12 ans de prison ferme pour Salami © : HZK-LGDC

Hier dimanche 20 mars s’est tenu au palais de justice de Mutsamudu le procès d’Abdou Salami Abdou, ancien gouverneur d’Anjouan déchu en octobre 2018 après une manifestation transformée en guérilla urbaine entre civils armés et forces de l’ordre dans la médina de Mutsamudu, la capitale d’Anjouan. Poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à la sécurité publique », l’ex gouverneur est condamné à une peine de 12 ans de prison ferme. Le mis en cause qui prend comme une « insulte » à son endroit l’accusation de séparatisme est présenté par le commissaire du gouvernement comme celui qui « pilotait » lesdits évènements.


Le verdict est tombé comme un couperet qui a abruti toute la salle d’audience du palais de justice de Mutsamudu où nombreux sont ceux qui ont écrasé une larme. Hier dimanche 20 mars dans l’après-midi, au terme du procès qui s’est ouvert dans la matinée du même jour, l’ancien gouverneur d’Anjouan entre 2016 et 2018, Abdou Salami Abdou, s’est vu fixer sur son sort. Poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à la sécurité publique » pour avoir financé et fait organiser une manifestation qui devait avoir lieu à la mi-octobre 2018 à Mutsamudu pour protester contre les réformes constitutionnelles entamées par le pouvoir central en juillet de la même année, Salami vient d’être condamné à une peine de 12 ans de prison ferme par la Cour de sureté de l’État. Une peine lourde à la hauteur d’une Cour de sûreté jugée « inique » par l’opposition lors d’un procès expéditif et hélas sans possibilité de recours. Le Commissaire du gouvernement avait requis 15 années de détention.

 

Venu dans la salle d’audience vêtu d’un costume marron avec une coupe de cheveux sobre, Salami n’a rien perdu de son flegme malgré les longues années passées (3 ans et demi) en détention provisoire. Devant une juridiction réputée impitoyable et dont les verdicts sont sans appel, l’ex-gouverneur a d’emblée regretté le dépassement du délai légal de la détention provisoire (qui est de 4 mois renouvelable une fois, ndlr) et d’avoir été privé de la visite de plusieurs de ses proches. Au cours de l’audience, M. Salami ne s’est pas privé, sur un ton empreint de sarcasme, d’instiller le doute quant au bienfondé du dossier pour lequel il est poursuivi. Ainsi, il a rappelé cette sortie médiatique du ministre de l’intérieur de l’époque des faits, Mohamed Daoudou, qui avait cité le directeur des impôts et le contrôleur financier de l’île comme faisant partie des insurgés « identifiés » dans la médina. Seulement manque de bol pour l’ancien homme fort de ce régime, le premier se trouvait en Inde, et le second, qui n’est autre qu’El-had Halifa, en prison pour l’affaire dite de tentative d’assassinat contre le vice-président Moustadroine Abdou.

 

Quand le président de l’audience Omar Benali lui demande son rôle dans les évènements d’octobre 2018, Salami a avoué sereinement avoir financé la manifestation à hauteur de 2 millions de nos francs « pour défendre les intérêts des Anjouanais qui m’ont élu et d’Anjouan ». A la tête de ces intérêts, le tour de la présidence tournante qui devait échoir à l’île d’Anjouan à partir de mai 2021, n’eut été le référendum constitutionnel de juillet 2018. A la question de savoir ce qu’il a ressenti lorsque la situation a dégénéré, l’ex gouverneur n’a pas mâché ses mots : « [J’avais] un sentiment d’échec parce que notre objectif a été détourné, récupéré », répondait celui qui nie mordicus avoir armé ou fait armer qui que ce soit. Quand le même président réclame des détails sur les préparatifs de ce qui devait être une manifestation « pacifique », M.Salami le renvoit à son ancien collaborateur Abdallah Mohamed, dont il a cité le nom 9 fois pendant les 44 minutes qu’il aura passé sous le feu des questions des hommes en toges.

 

Cet ancien secrétaire général du gouvernorat que Salami présente lors du procès comme son « homme de confiance », est un personnage au rôle trouble qui, dans la foulée de la déchéance de Salami le 25 octobre 2018, sera désigné par le pouvoir central pour lui succéder jusqu’au mois de mai 2019 où il a dû passer le témoin au nouveau gouverneur élu à l’issue des élections anticipées de mars et avril. La majorité des prévenus comparus en même temps que Salami l’ont cité comme étant la cheville ouvrière des évènements de la médina. Seulement, M. Abdallah n’est pas poursuivi « malgré ses aveux lors d’une audition par la gendarmerie » dans la foulée des faits, a regretté Me Abdoulatuf, l’un des avocats de Salami. « Nous avons demandé au juge d’entendre Salim Hafi (ancien ministre de l’éducation, ndlr), Abdallah Mohamed, et Sounhadj Attoumane (ancien conseiller chargé de la santé, ndlr). Malheureusement il n’a pas accédé à notre demande », fait observer pour sa part son collègue Me Mahamoudou Ahamada. Sans surprise, la Cour a poursuivi et bouclé le procès sans Abdallah Mohamed, témoin clé des évènements qui ont fait deux morts côté civil, qui traine avec lui un parfum de félonie au mieux.

 

On est toujours dans les 44 minutes de questions-réponses. La Cour cherche à savoir pourquoi Salami n’a pas annulé le projet de manifestation « non autorisée ». La répartie du prévenu est sans appel. « Primo, vous venez de me l’apprendre [que la manifestation n’était pas autorisée]. Secundo, le droit de manifester est un droit constitutionnel ». L’ex gouverneur a tenu à rappeler que lorsqu’il était aux affaires, on lui avait interdit la célébration de la journée mondiale de l’eau dans la région de Mramani. Il a aussi soulevé ces cas où lui et ses sympathisants étaient « interdits de tenir des réunions privées dans des lieux privés ». En quelques mots bien placés, il a ressorti la nature d’un régime qui interdit à ses adversaires politiques des libertés aussi fondamentales que celle de se réunir ou de manifester...Alors que sa démarche lui vaut aujourd’hui la charge d’atteinte à l’unité nationale, Salami estime que cette accusation « est une insulte » à son égard. « Je crois que je suis l’un des vrais patriotes de ce pays. Me coller une étiquette de séparatiste est une insulte à mon endroit. Mais si la défense des intérêts des Anjouanais qui m’ont élu est associée à du séparatisme, alors je suis séparatiste », s’explique celui qui jure que l’idée d’en arriver à une scission du pays ne lui a « jamais traversé l’esprit ».

 

Toufé Maecha

 

 


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