La Gazette

des Comores

Administration publique : Des horaires rallongés, une efficacité toujours en berne

Administration publique :  Des horaires rallongés, une efficacité toujours en berne © : HZK-LGDC

Depuis le 2 septembre, la nouvelle réforme des horaires dans la fonction publique est officiellement en vigueur. Désormais, les agents de l’État travaillent de 8h à 12h et de 13h à 17h, du lundi au jeudi, et de 8h à 12h le vendredi. Une mesure portée par le ministère de la Justice, chargé des Droits de l’Homme et des Administrations publiques, censée renforcer la discipline et booster la productivité.


Mais sur le terrain, le résultat semble bien loin des attentes. Pour beaucoup, l’administration publique comorienne tourne à vide et parfois même, ressemble à une garderie. « L’idée aurait été excellente si nous avions réellement des tâches à accomplir. Mais la plupart du temps, on passe la journée à discuter ou à tuer le temps sur Internet », confie Salim Kadir, agent de mairie. « Et encore, il n’y a pas assez de chaises ni d’ordinateurs pour tout le monde », ajoute-t-il, mi-amusé, mi-dépité. Le manque d’activités concrètes n’est pas le seul problème.

Dans plusieurs ministères, les bureaux se transforment littéralement en espaces d’accueil improvisés pour enfants. « Beaucoup de mères viennent avec leurs enfants après l’école à midi, et ils restent là jusqu’à 17h. Les enfants s’ennuient, les parents n’arrivent pas à travailler, et le bruit devient insupportable », raconte un agent du ministère. Même constat du côté des Travaux publics, où Fahamia Soulaimane décrit une scène devenue banale : « Certains viennent juste pour pointer le matin, repartent à midi pour faire des courses ou se reposer, puis reviennent à 17h pour signer avant de rentrer. »

Faute de missions claires ou de matériel adéquat, les agents improvisent. « Moi, je couds des bonnets pendant mes heures de service. Au moins, ça m’occupe », avoue une fonctionnaire, sourire en coin. Beaucoup s’accordent à dire que la réforme aurait pu porter ses fruits si elle s’était accompagnée d’un véritable plan de réorganisation interne : définition d’objectifs, répartition des tâches, suivi du rendement. « Tant qu’on ne confiera pas de vraies missions aux agents, l’administration restera une garderie climatisée », ironise un cadre du secteur privé.

L’intention du ministère était d’instaurer une culture de discipline et de performance. Mais sur le terrain, le résultat reste décevant. Les longues journées se succèdent entre bavardages, repas partagés et réseaux sociaux. La réforme, elle, est bel et bien en vigueur. Reste à savoir si elle parviendra un jour à transformer le temps passé au bureau en temps réellement productif.

Mohamed Ali Nasra

 

 


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