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des Comores

Accidents domestiques chez l’enfant : Un danger silencieux mais bien réel

Accidents domestiques chez l’enfant :  Un danger silencieux mais bien réel © : HZK-LGDC

Aux Comores, un phénomène souvent discret continue pourtant de peser lourdement sur la santé des enfants : les accidents de la vie courante, et plus particulièrement les accidents domestiques. Longtemps relégués au second plan, ils constituent aujourd’hui un véritable problème de santé publique, comme le révèle une étude menée au service des urgences du centre hospitalier national El-maarouf par le Dr Azhar Salim Mohamed.


Entre janvier et février 2021, 223 enfants victimes d’accidents domestiques ont été pris en charge aux urgences pédiatriques du CHN El-Maarouf, sur un total de 1 995 consultations. Ces accidents représentaient ainsi 11,17 % des admissions, confirmant leur poids considérable dans l’activité des urgences, à un niveau comparable à celui de certaines pathologies infectieuses.

L’analyse des données, issue d’un article scientifique consacré au sujet, montre que les garçons sont les plus touchés, avec près de 65 % des cas. Cette prédominance masculine, également observée dans plusieurs pays africains, s’explique notamment par des comportements plus actifs et des jeux souvent plus exposés au risque.

 

L’âge apparaît comme un facteur déterminant. Les enfants de moins de cinq ans constituent la tranche la plus vulnérable, représentant 43,5 % des cas. À cet âge, l’enfant explore son environnement sans en mesurer les dangers et passe l’essentiel de son temps à domicile. Dans un contexte où les habitations sont fréquemment surchargées et peu sécurisées, assurer une surveillance permanente devient un véritable défi pour les familles.

 

Contrairement aux idées reçues, la majorité des accidents surviennent à la maison, principalement dans la cour, suivie du salon et de la terrasse. Aux Comores, la cour est un espace de vie et de jeux privilégié pour les enfants, mais elle est rarement aménagée ou sécurisée, ce qui accroît considérablement les risques. La plupart des enfants pris en charge provenaient des zones suburbaines de Moroni, notamment Bambao et Itsandra. Cette forte représentation s’explique en partie par la proximité et l’accessibilité du CHN El-Maarouf. Dans les zones plus éloignées, les familles ont davantage recours aux sous-centres de santé, aux structures de district, voire aux pratiques traditionnelles.

 

Les traumatismes constituent la grande majorité des accidents domestiques, représentant plus de 80 % des cas. La chute en est de loin le principal mécanisme, responsable de près de neuf traumatismes sur dix. Ces chutes surviennent le plus souvent lors des jeux, des courses ou des déplacements dans des environnements non sécurisés.

 

Les ingestions de corps étrangers arrivent en deuxième position. Les pièces de monnaie et les objets métalliques sont les plus fréquemment retrouvés, illustrant à la fois les habitudes domestiques et la facilité d’accès à ces objets pour les jeunes enfants. De manière générale, la nature de ces accidents est fortement influencée par le contexte socioculturel.

 

Les brûlures, bien que moins fréquentes, demeurent particulièrement préoccupantes. Elles sont principalement liées aux liquides chauds et aux flammes, en lien avec les modes de cuisson utilisés dans de nombreux foyers comoriens, notamment le bois et le pétrole lampant, ainsi qu’avec des espaces de cuisine souvent peu sécurisés.

 

Pour le Dr Azhar Salim Mohamed, médecin spécialisé en médecine du travail et auteur principal de l’étude, « la majorité de ces accidents sont évitables, et prévenir les accidents domestiques, c’est protéger l’avenir de nos enfants comoriens ». Une surveillance accrue des jeunes enfants, le rangement des objets dangereux hors de leur portée et la sécurisation des zones de cuisson permettraient de réduire significativement le nombre d’accidents. Même avec des moyens limités, des gestes simples et adaptés au contexte local peuvent prévenir des blessures parfois graves et éviter des séquelles durables.

 

Cette étude rappelle ainsi que, au-delà des maladies infectieuses, les accidents domestiques constituent une cause importante (mais évitable) de morbidité chez l’enfant aux Comores. L’auteur recommande aux autorités sanitaires d’intégrer la prévention des accidents domestiques dans les programmes de santé maternelle et infantile, ainsi que dans les actions de sensibilisation communautaire.

 

À la population, le message est clair : la protection de l’enfant commence à la maison. La vigilance quotidienne des parents, des proches et de l’ensemble de la communauté reste essentielle pour prévenir ces drames souvent évitables.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie (stagiaire)


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