L’Anacm explique à la presse que ce sont les difficultés financières rencontrées par la compagnie AB Aviation qui ont motivé ses décisions. «C’est sur le plan financier qu’on détermine si on doit l’autoriser ou pas », explique Nassur Ben Ali, le directeur de la sécurité de vol qui a cité au passage des textes de l’organisation de l’aviation civile internationale (OACI) auxquels les Comores se conforment. « Si j’ai agi techniquement, c’est que j’agis en faveur du ministère [des transports] », poursuit le monsieur sécurité de vol.
Répondant aux questions des journalistes pour la première fois depuis le début de la crise, l’Anacm fait une liste des impayés auxquels AB Aviation ferait face : 118 millions Kmf à l’Anacm, plus de 100 millions à l’Aimpsi, 94 millions à l’Asecna, 680 mille dollars à Sahara African Aviation propriétaire des avions exploités par AB. Dans les factures impayés, citées par l’Anacm, on retrouve plus de 100 millions au propriétaire du Boeing que l’Anacm a banni depuis mi-septembre dernier, plus de 6 mois d’impayés à l’aéroport de Ouani (aucun montant ne nous a été communiqué), plus de 6 mois à l’aéroport de Mwali, mais aussi, toujours selon l’aviation civile, une dette envers l’aéroport de Mayotte (Mayotte Air Service) dont le montant ne nous a toujours pas été communiqué.
« Où va l’argent des billets vendus AB Aviation, » se demande Oulovavo Mchami. En guise de preuve d’indulgence, M. Oulovavo dit que l’Anacm est disposée à accepter « ne serait-ce que les 118 millions [de dettes sur les redevances aéronautiques] de 2015-2016 », qu’AB Aviation reconnait. Notons qu’à la base, l’Anacm réclame 224 millions 65 mille 476 francs. Mais, une fois qu’AB Aviation aura réglé ses factures avec l’Anacm, la compagnie sortira-t-elle la tête hors de l’eau ? Le propriétaire de l’avion immatriculé D6-ABA à qui AB Aviation doit quelques 680 mille dollar, réclamerait son appareil, selon Oulovavo Mchami.
«Il nous a contacté ce matin pour nous demander la clairance de son avion (autorisation de vol que délivre l’Anacm, Ndlr). Mais l’Asecna, également créancier d’AB Aviation, nous a demandé de ne le laisser partir avant que la compagnie ne règle ses factures avec elle », a-t-informé.
Sur ce point précis, une zone d’ombre apparait. Rappelons que selon un communiqué paru ce lundi dans la presse, l’Anacm dit avoir été saisie depuis le 24 janvier par Murrough Davies Webb pour « stopper l’exploitation de ses avions pour cause d’arriérés de paiement dépassant 680.000 Euros, que doit Monsieur Ayad Bourhane à sa société SAHARA African Aviation». Vérité ou histoires inventées de toutes pièces ?
Le courrier adressé ce même lundi à AB Aviation (La Gazette a pu se procurer une copie), peu après la publication du fameux communiqué de l’Anacm, démontre le contraire. En effet, Monsieur Murrough rassure le patron d’AB Aviation en ces termes : « Vous avez notre soutien dans vos démarches pour résoudre tous les conflits actuels… », lit-on sur ce courrier rédigé en anglais par celui qui se dit « préoccupé » par le fait que la presse et les réseaux sociaux aient fait « beaucoup de bruit » sur sa position actuelle aux Comores.
Pourrait-on évoquer l’existence d’une campagne de lobbying dans cette affaire ? Si la presse a pu obtenir copie du courrier adressé à AB Aviation, elle n’aura pas cette chance chez Anacm. « Il y a des problèmes de connexion », nous dira-t-on, peu après la conférence de presse, pour justifier l’impossibilité de nous fournir ce courrier en guise de preuve.
En tout cas, la compagnie soutenue par le gouvernement, l’assemblée, et les organisations professionnelles du patronat, n’a pas croisé les bras. Selon l’Anacm, une rencontre multipartite avait eu lieu hier dans la matinée à l’assemblée nationale. Rencontre à laquelle aurait pris part l’agent comptable de l’Anacm. La présence de ce dernier, tant attendue par le ministère des transports et l’assemblée nationale par le biais du groupe parlementaire Haki, augure une sortie de crise. En tout cas une fin de la guéguerre entre l’Anacm et AB Aviation.
Toufé Maecha
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