L’année 2025 s’achève sur un constat de crise pour l’Union des Comores, devenue un carrefour malgré elle pour des flux migratoires venus d'Afrique continentale. Entre les chiffres officiels de Beit-Salam et les récentes percées judiciaires, le bilan révèle une organisation criminelle structurée et lucrative.
Le bilan présenté par le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ahamada, lors du tout premier conseil des ministres de l’année à Beit-Salam, a fait l'objet d'une mise au point essentielle : si les publications officielles évoquaient initialement 400 interceptions au large de la Tanzanie, il s'agit en réalité de migrants arrivés directement sur les côtes comoriennes, comme le concède un collaborateur du chef de l’État et une source autorisée au ministère de l’Intérieur. Ce flux, composé à 75 % de femmes et de mineurs originaires de la RDC, du Burundi et du Rwanda, témoigne d'une crise très délicate.
D’autres sources confirment cette pression constante. Au 27 décembre 2025, une structure basée à Moroni a recensé 331 migrants pris en charge. Cependant, les données de terrain montrent des arrivées massives et dispersées : 78 personnes à Mitsoudjé, 75 à Mitsamiouli et 73 enregistrées au commissariat central de Moroni. Ces migrants, souvent abandonnés sur les côtes, croient parfois être arrivés à Mayotte, leur destination finale.
Le volet judiciaire a connu une accélération majeure fin novembre 2025 avec l'arrestation de trois suspects, dont un « gros bonnet » recherché depuis 2022. Ces individus sont impliqués dans un réseau sophistiqué : les passeurs, souvent recrutés à Anjouan, se rendent en Tanzanie par avion pour ramener des migrants à bord de boutres depuis la région de Mtwara. L'enjeu financier est colossal : un seul trajet peut rapporter jusqu'à 225 000 dollars aux trafiquants, chaque passager déboursant jusqu'à 3 000 dollars pour la traversée.
Face à ce que certains officiels décrivent comme un « baptême du feu » réussi pour la nouvelle direction des garde-côtes, la présidence mise sur la fermeté. Outre le renforcement de la surveillance à Nyumakélé à Anjouan, certains appellent à une coopération diplomatique accrue avec la Tanzanie pour stopper les départs à la source. En l'absence d'une solution régionale, l'archipel craint de devoir pérenniser des structures d'accueil, une option que le chef de l'État refuse pour l'instant d'envisager.
Nassuf Ben Amad
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