Le Comité Maore a tenu une conférence de presse le 21 avril dernier. Les échanges ont porté sur le naufrage meurtrier d’un kwassa-kwassa intercepté par la police française, et le lancement de l’opération « Kingia » dans l’île comorienne sous administration française. Le Comité demeure mobilisé et vigilant et appelle l’ensemble des forces vives ainsi que la communauté internationale à se tenir au côté du peuple comorien dans la défense de ses « droits imprescriptibles ».
Le Comité Maore a pris connaissance avec une « profonde indignation » du témoignage de Soidrou Ben Ali, passager d’un kwassa-kwassa intercepté par les forces de police française dans le bras de mer séparant Anjouan et l’île sœur de Mayotte. Les manœuvres brutales et disproportionnées opérées lors de cette interception auraient provoqué le naufrage de l’embarcation et la mort de plusieurs passagers. Suite à cela, le Comité Maore a tenu à dénoncer et condamner ces agissements. Son président, Mohamed Monjoin, a assuré son soutien à Soidrou Ben Ali et demandé qu’une assistance juridique lui soit accordée. Il a également rappelé les engagements pris par le chef de l’État à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies lors de la dernière session, notamment celui de faire toute la lumière sur les exactions dénoncées, y compris par certains médias français. « Le Comité Maore attend du chef de l’État qu’il donne suite à ces engagements par des actes concrets, à la hauteur de la gravité des faits et de la souffrance des victimes et de leurs familles », a-t-il déclaré.
Il a aussi dénoncé le lancement de l’opération « Kingia », qui serait pire que « Wuambushu ». « La police française intervient dès 4 heures du matin pour expulser des familles de leur domicile pour des questions d’identité. Ces familles sont chez elles à Mayotte. C’est triste et inadmissible », a-t-il martelé. Le Comité attire l’attention de l’opinion nationale et internationale sur cette opération, présentée comme une troisième phase après « Wuambushu » et « Place Nette », avec les mêmes objectifs affichés de lutte contre l’insécurité, l’immigration dite clandestine et l’économie informelle. Selon lui, ces opérations coïncident de manière troublante avec des annonces répétées concernant l’installation de bases militaires à Mayotte. « Cette concomitance soulève des interrogations légitimes : ne s’agit-il pas, sous couvert de maintien de l’ordre, de récupérer des terrains destinés à l’implantation de bases militaires ? Ne s’agit-il pas d’entretenir une psychose sécuritaire afin de vider l’île de sa population civile, déjà confrontée à de graves difficultés d’accès à l’eau potable ? », s’est-il interrogé.
Pour les conférenciers, le gouvernement doit assumer sa responsabilité historique et constitutionnelle : « protéger l’intégrité du territoire comorien, dont l’île de Mayotte fait partie intégrante conformément au droit international et aux résolutions des Nations Unies ; protéger les citoyens contre toutes les formes de violence, de discrimination et garantir leurs droits fondamentaux ; et enfin, trouver les voies et moyens de mettre fin à la présence française à Mayotte par tous les recours diplomatiques, juridiques et internationaux disponibles ».
De son côté, Soidrou Ben Ali a livré son témoignage. « Je suis parti le 14 juillet 2025 à Anjouan pour entrer à Mayotte, pour des raisons de santé concernant mon fils. Mon passage à Mayotte a été un véritable cauchemar. Notre kwassa a été pris pour cible. Nous étions 17 passagers. La police française a détruit l’embarcation. Il y a eu deux morts dans ce naufrage : un homme et une femme enceinte. Les survivants ont été conduits à l’hôpital, puis en prison. Nous avons passé 17 jours en détention avant d’être pris en charge par un assistant social ». Et de poursuivre « ce dernier nous a demandé si nous voulions de l’argent ou des papiers. Nous avons refusé, demandant simplement un jugement équitable. Lors de l’audience, nous avons posé de nombreuses questions concernant les victimes et notre situation, mais aucune réponse ne nous a été donnée. J’ai porté plainte contre les auteurs et responsables le 2 février, avec presque tous les documents nécessaires. J’ai ensuite été expulsé de Mayotte. On a tenté de me faire signer des documents que j’ai refusés. J’ai été retenu pendant trois jours, privé de contact, jusqu’à céder sous la pression ».
Nassuf Ben Amad
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC