La Gazette

des Comores

Polémique à Mwali : Quand le patron de la com’ gouvernementale s’en prend aux médias

Polémique à Mwali : Quand le patron de la com’ gouvernementale s’en prend aux médias © : HZK-LGDC

Au cœur du débat : une phrase jugée déplacée : « on est à Guantanamo » et la question du rôle des médias dans le traitement de l’information. Cinq jours après les faits et malgré des excuses publiques de l’équipe concernée, la controverse a rebondi à travers un communiqué signé par le directeur de la communication gouvernementale, accusant les journalistes de manquer de vérification et d’entretenir des débats « puérils ».


Dans une publication largement relayée, Antoisse Ezidine a dénoncé ce qu’il qualifie de polémique artificielle créée par « des journalistes en manque d’inspiration ». Défendant sa collègue, professionnelle de la communication digitale venue, selon lui, « servir son pays » après une carrière en France, il affirme que la vidéo incriminée a été « sortie de son contexte » et instrumentalisée. Il s’interroge sur l’application du « BA-BA du journalisme », appelant à vérifier les faits avant de publier et suggérant que certains professionnels des médias peineraient à s’adapter aux « nouvelles manières d’informer ».

 

Mais cette sortie n’a pas tardé à susciter une réplique. Le journaliste Kamal-Eddine Saindou a réagi dans un texte au ton ferme intitulé « Quand la “Com” s’embrouille au sommet ». Selon cet ancien de RFI et de Kashkazi, la polémique aurait pu s’éteindre après les excuses présentées par les auteurs de la vidéo. Il estime en effet que la charge du directeur de la communication ravive inutilement une affaire close. Pour Kamal-Eddine Saindou, la question centrale demeure celle du statut des auteurs des propos : des professionnels chargés d’incarner la parole gouvernementale. À ce niveau de responsabilité, soutient-il, il faut surveiller ses faits et gestes. Le débat dépasse ainsi la simple maladresse d’une formule. Il interroge la frontière entre communication institutionnelle et expression personnelle, mais aussi la liberté et la légitimité du travail journalistique face au pouvoir exécutif.

 

Les journalistes auraient-ils dû taire l’extrait controversé au nom du contexte global de la vidéo ? Ou, au contraire, était-il de leur devoir de signaler un propos jugé inapproprié, surtout lorsqu’il émane d’acteurs publics ? Dans son argumentaire, Antoisse Ezidine défend une évolution des codes de l’information et revendique l’émergence de nouvelles formes narratives portées par les réseaux sociaux et la communication digitale. En face, Kamla-Eddine Saindou se demande « quelle source exige-t-on à la journaliste, si ce n’est l’extrait diffusé ? En quoi l’intégralité de la vidéo aurait-t-elle changé le sens des propos tenus ? ». À Mwali, l’île au cœur de la controverse, beaucoup espéraient sans doute que la commémoration du 17 février resterait le principal souvenir de ces journées officielles. Mais cette séquence médiatique rappelle qu’à l’ère numérique, une phrase peut suffire à déclencher un débat national et que dans l’espace public, la responsabilité des mots n’est jamais anodine.

 

Mohamed Ali Nasra

 


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