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des Comores

Nécrologie / Disparition de Said Ahmed Said Ali, une figure emblématique de la ville de Moroni

Nécrologie / Disparition de Said Ahmed Said Ali, une figure emblématique de la ville de Moroni © : HZK-LGDC

La triste nouvelle de la disparition de Said Ahmed Said Ali (SASA) dit Charif est tombée en cette matinée du vendredi 18 mai 2018. Personnage charismatique, à la fois technocrate et militant, SASA est né, à Moroni, le 28 décembre 1945. Il fait partie des hommes politiques issus de l’élite comorienne des années 70. Son parcours technocratique l’a conduit à occuper des postes stratégiques au niveau de nombreux départements ministériels dont le ministère de l’économie et des finances et à la Banque centrale des Comores. L’homme a été, au cours de ces quarante dernières années, au cœur de la vie politique et militant de l’archipel. Grâce à son dynamisme et surtout à son talent politique indéniable.


Au lycée déjà, avec son engagement envers les autres, il devint Président de la Coopérative du Lycée Said Mohamed Cheikh. Il s’active et apporte son appui et savoir-faire aux jeunes à travers les cours de soutien et les activités culturelles. Après ses études secondaires, il part en France poursuivre un cursus universitaire dans le domaine du droit public.

 

A son arrivée dans l’Hexagone, le jeune Charif est vite rattrapé par l’agitation militante puis politique. Said Ahmed Said Ali adhère alors à l’Association des Stagiaires et Etudiants Originaires des Comores en France (ASEOCF), créée en mars 1966, à Aix-en-Provence. L’ASEOCF deviendra quelques années plus tard l’ASEC (Association des Stagiaires et Etudiants des Comores). Etudiant engagé, il devient Secrétaire régionale de l’ASEC de la Région PACA. Son diplôme de droit en poche, il décide de regagner l’archipel en 1973.

 

Il s’engage alors au sein du parti socialiste des Comores (PASOCO) dont les membres sont issus du même courant de pensée que l’ASEC. SASA prend son leadership donnant ainsi un nouvel élan à la lutte pour l’indépendance. Tout en militant activement, il continue d’occuper un poste de fonctionnaire aux ministères des finances. Il est d’abord nommé, en mars 1973, chargé de mission auprès du ministre de l’économie et des finances. Il devient ensuite adjoint du directeur des douanes d’octobre 1973 au 3 aout 1975.

 

Quand les premières élections municipales du pays sont organisées en avril 1975, il est élu conseiller municipal de la ville de Moroni (quartier sud). Il assiste à la proclamation unilatérale de l’indépendance par le feu président Ahmed Abdallah Abdérémane. Quand ce dernier est renversé quelques 28 jours après, il ne fait pas partie du groupe ayant fomenté le coup d'état du 3 août 1975, mais accepte de jouer un rôle dans la nouvelle équipe gouvernementale, en tant que représentant du PASOCO.

 

Il devient membre du CNR et accède au poste de commissaire politique à l’économie et aux finances. A ce titre, il effectue une mission en France pour la signature des accords de coopération entre la France et le nouvel Etat Comorien. Ces accords n’aboutiront jamais du fait des exigences de la partie française demandant au gouvernement révolutionnaire Comorien de surseoir à l'adhésion des Comores à l'ONU.

 

Son parcours politique va connaitre une dramatisation avec la décision d’Ali Soilihi d’accéder à  la tête de l’Etat Comorien, alors que Said Ahmed Said Ali soutient le candidat rival. Ce geste lui coûtera sa liberté. Il est arrêté et jeté en prison sans jugement ni chef d'inculpation du 2 aout 1977 au 13 mai 1978 date de la chute du régime d’Ali Soilihi. Les mois d’emprisonnement qu’il a subit l’ont usé physiquement mais l’homme politique reste entier.

 

Il devient Directeur de cabinet du feu Ministre de la défense, de l’intérieur, des transports M. Abbas Djoussouf, poste qu’il occupera temporairement avant son affectation à la direction des affaires économique. Sollicité en février 1982 pour occuper un poste de ministre par le président Ahmed Abdallah Abdérémane, il décline la proposition et préfère rester dans l’opposition au régime. Il se porte candidat aux élections législatives de 1982 où il est battu grâce à un bourrage massif d’urnes. Ne lâchant pas prise, le président AAA le sollicite à nouveau en 1984 pour intégrer le régime.

 

Après hésitations et conciliabules avec ses proches et des partis d’opposition, il entre, en 1985, au gouvernement. Il devient ministre délégué à la gestion et au contrôle des sociétés d’états, et des établissements publics à caractère commercial ou industriel, puis Ministre des finances et du budget et enfin Ministre de l’économie, des finances, chargé des sociétés d’état.

 

A la disparition tragique d’AAA, il tente avec ses amis  politiques de l’Udzima d’assurer en vain une continuité politique avec le président Said Mohamed Djohar. Il s’active au côté du nouveau président élu mais très vite celui-ci décide de se séparer du parti Udzima qui l’a fait élire.

 

Lui et ses amis politiques feront une traversée de désert jusqu’à l’arrivée du président Mohamed Taki Abdoulkarim. C’est sous ce dernier qu’il est nommé Gouverneur de la Banque centrale des Comores, poste qu’il exercera jusqu’en 2001. Après un long et passionnant parcours dans la vie politique et administrative, l’homme de conviction et d’engagement investit le terrain du développement local. Il se consacre à des actions de proximité. Il se fait élire, en 2007, maire de la ville de Moroni et engage des travaux d’aménagement et de développement de la capitale.

 

Son engagement dans les activités traditionnelles va laisser aussi un grand vide dans la capitale où sa présence s’était largement affirmé ces derniers temps.

 

Mmagaza

 

 

 

 


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