Le 18 mars 1978, à Iconi, le commando Moisi ordonne le rassemblement des hommes avant d’ouvrir le feu sur la place de Bishioni. Bilan : 11 morts sur le coup, plusieurs blessés graves et des arrestations. Quarante-huit ans plus tard, la ville continue de commémorer ce drame et d’en transmettre la mémoire aux jeunes générations.
Quarante-huit ans après les faits, le souvenir du massacre du 18 mars 1978 reste profondément ancré à Iconi. Ce jour-là, à l’aube, le commando Moisi encercle la ville et contraint les hommes, jeunes et adultes, à se rassembler sur la place de Bishioni. Une fois regroupés, les militaires ont commencé à tirer sur la foule. Le bilan est lourd : 11 hommes tués sur le coup, un autre succombant quelques mois plus tard à ses blessures, et plusieurs survivants gravement atteints. Aujourd’hui, seuls deux blessés graves sont encore en vie : Alhatub Youssouf Soulé et Ahmed Ali Saïd Abdallah.
Alhatub Youssouf Soulé, aujourd’hui âgé de plus de 80 ans, a été touché par balle alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Depuis, il a perdu l’usage de sa main droite. « Même pour manger, elle ne l’aide pas. Elle ne peut ni tenir un stylo ni bouger un doigt », confie un proche. Depuis près d’un demi-siècle, il s’est adapté en utilisant uniquement sa main gauche. Ahmed Ali Saïd Abdallah, blessé à l’âge de 5 ans, porte lui aussi les séquelles de ce drame. Atteint par balle à l’épaule, il a suivi des soins, notamment en Arabie saoudite durant ses études. « Il était innocent, comme les autres, et il garde encore cette cicatrice », témoigne un membre de sa famille.
Selon plusieurs témoignages, les hommes avaient été forcés de quitter leurs domiciles pour rejoindre la place de Bishioni. « Aucun lieu ne permettait de s’échapper. Certains ont tenté de se réfugier dans la mosquée de Boina ou dans une maison voisine, mais les corps jonchaient le sol, notamment devant l’entrée de la mosquée », relate Abdillah Saïd Soilihi, notable de la ville. Après la fusillade, les habitants ont procédé à l’identification des victimes pour les restituer à leurs familles. Parallèlement, plusieurs hommes, dont des notables, ont été arrêtés et conduits à la Garde des Comores, bâtiment abritant actuellement le CNDRS.
Au total, 27 personnes seront ensuite transférées à la prison de Hombo, à Anjouan. « Ils y ont été détenus avant d’être libérés après l’assassinat du président Ali Soilihi », précise Abdillah Saïd Soilihi. Chaque année, la ville d’Iconi rend hommage aux victimes de ce massacre. En 2026 encore, une cérémonie religieuse suivie de témoignages a été organisée pour honorer la mémoire des disparus et rappeler aux jeunes générations ce triste épisode de l’histoire politique du pays.
El-Aniou Fatima
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