La Gazette

des Comores

Le bonnet traditionnel comorien serait-il menacé par la contrefaçon ?

Le bonnet traditionnel comorien serait-il menacé par la contrefaçon ? © : HZK-LGDC

Après plusieurs années de tentative d’imitation du bonnet traditionnel comorien (Kofia), des entreprises chinoises ont réussi cette fois-ci le pari. La ressemblance surprend plus d'un. Pendant que certains conservateurs crient au scandale sur le patrimoine comorien, d’autres citoyens parlent de routine en matière de commerce international. Mais ce kofia artisanal est aussi presque identique à celui de certains pays voisins, notamment la Tanzanie, Djibouti ou la Somalie, à quelques différences près.


Depuis quelques semaines, la question de la contrefaçon du bonnet traditionnel comorien, défraie la chronique sur la toile. Durant le mois de ramadan, les bonnets fabriqués en Chine avec le même design que ceux confectionnés aux Comores bondaient les marchés des grandes villes du pays. La ressemblance est surprenante avec une différence infime sur la jointure et la qualité du fil utilisé.

Ce qui était jusque là la fierté des comoriens et des jeunes mariés est banalisé et va à vau-l’eau. Avec 7000 FC au lieu de 150 000 FC voir 200 000 FC, on arrive à s’offrir un bonnet qui n’a rien à envier au traditionnel bonnet artisanal fait main. Le travail qui a été fait par les femmes comoriennes pendant un mois pour les plus rapides, se fait désormais en quelques minutes par les entreprises chinoises.

Cette situation partage les avis des Comoriens concernant le sort de ce patrimoine comorien. Pour Eliasse Ezaldine, un citoyen résidant en France, il faut à tout prix protéger ce patrimoine culturel mais aussi rechercher une solution pour qu’il soit accessible. « Nous sommes d'accord qu'il faut défendre le patrimoine culturel et peut-être même lutter contre les contrefaçons. Mais il faut une hauteur de vue sur la question. Le kofia traditionnel est un luxe réservé à ceux qui ont les moyens. Ceux qui n’en ont pas feront comment ? Et bien, ils iront sans doute acheter les contrefaçons », explique ce professeur de français avant de poursuivre « c'est la loi de l'offre et de la demande. Il faut d'abord revoir les prix de Kofia ».

Sur sa page Facebook, Abdérémane Wadjih, anthropologue appelle au ministère de la culture de réagir. « Honte à notre ministère de la culture qui ne protège rien, qui ne pense à rien, qui ne "fout" rien et qui ne sert finalement à rien. Nous n'aurons que les yeux pour pleurer nos kofia comme nous pleurons nos Djahazi », écrit-il. Répondant à une proposition d’un internaute appelant les comorien à protéger leur patrimoine en refusant d’acheter ces kofias industriels, il estime que c'est peut-être un peu trop demander au Peuple. « Je crois que nous n'avons pas encore atteint ce niveau de patriotisme ou de préférence nationale », précise-t-il. Selon lui c'est au gouvernement de réglementer les importations de kofia contrefaits pour protéger la production locale.

Abdourazak Boinaher, maire de la commune de Djando-Moheli, reste convaincu que tout pays soucieux de sa prospérité, cherche à protéger son industrie. « L’Etat Comorien doit promouvoir des politiques et des mesures visant à protéger l'industrie de kofia. En tout cas ce phénomène doit éveiller nos consciences », dit-il.

Riwad

 


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