Cela fait plus d'une semaine qu’une grève illimitée paralyse l'hôpital de référence. Mais alors que l’on s’attendait à une médiation de dernière chance, la direction du CHN El-Maarouf choisit une stratégie qui met le feu aux poudres : le remplacement systématique des grévistes du collectif des contractuels soignants par des stagiaires.
Pourtant, par un communiqué diffusé la semaine passée, la direction semblait afficher une volonté de dialogue. Ses propositions étaient assez significatives : une augmentation salariale de 8%, une prise en charge mutuelle passant de 50% à 75%, et une revalorisation des primes de garde atteignant 5.500 KMF pour les infirmiers spécialisés. Mais concernant le personnel contractuel en grève, ces annonces ne sont qu’un écran de fumée. Malgré les propositions, la direction refuse toujours de céder sur l'exigence majeure du mouvement : la revalorisation statutaire calquée sur la fonction publique. « Notre but n'est pas d'obtenir un accord de surface, mais d'aboutir à un règlement définitif. » s'est alors exprimé le porte-parole du collectif lors d'un point de presse le week-end dernier.
Pour ces agents, la précarité n’est plus tenable. Ils pointent du doigt un paradoxe : comment le gouvernement peut-il investir 55 millions d’euros dans la construction d’un futur CHU ultramoderne tout en refusant d’investir dans les ressources humaines qui devront le faire fonctionner ? D'ailleurs, parallèlement, le dispositif de lutte contre la maladie du mpox est à l'arrêt : faute de rémunération, les agents affectés aux frontières aéroportuaires, puis maritimes et au district sanitaire de Sambakouni ont quitté leurs fonctions. Cette situation rend le pays vulnérable face à l'épidémie. Le manque de réaction de la part du ministère de la Santé face à cette désorganisation des services et à la détresse du personnel soignant constitue une négligence de sa mission régalienne. De l'autre côté, la direction du CHN, au lieu d'ouvrir une réelle négociation, a entrepris de pallier le vide laissé par les grévistes en recrutant massivement.
D'après des informations non encore confirmées par l'administration de l'hôpital, tout porte à croire qu’un contingent de 300 agents a été mobilisé en urgence pour remplacer le personnel gréviste. Cette décision semble être une stratégie de fuite en avant ignorant le fond du problème pour parer au plus pressé, et en agissant ainsi, l’administration privilégie une réponse palliative. L’identité de ces « remplaçants » choque le personnel en place : il s’agirait, selon le comité, de paramédicaux de deuxième et troisième année de licence, tout juste sortis de stage. En utilisant ces étudiants comme agents de substitution, la direction ne se contente pas de contourner le conflit social, elle met potentiellement en péril la qualité des soins en confiant des responsabilités critiques à des profils encore en formation.
Le collectif des contractuels ne cache pas son amertume. Si certains stagiaires voient là une opportunité inespérée d'intégrer le marché du travail, les grévistes les mettent en garde contre un calcul à court terme. « Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que ce n'est pas une opportunité. Leur tour viendra où ils seront, eux aussi, amenés à revendiquer leurs droits », prévient un infirmier gréviste totalisant huit ans d'ancienneté. Et de poursuivre, « en acceptant de remplacer leurs aînés aujourd'hui, ils valident la précarité de leur propre futur. Pourtant, notre combat est aussi le leur car le succès de nos revendications jettera les bases d'un statut digne pour toutes les générations à venir. Son aboutissement profitera à l'ensemble du corps médical », ajouta-t-il alors, comme pour donner du poids à ses mises en garde.
En préférant recruter dans l'urgence plutôt que de traiter le mal à la racine, l'hôpital s'enfonce dans une crise de confiance durable. Sans intervention des autorités de tutelle pour arbitrer ce bras de fer, le plus grand centre hospitalier du pays risque de voir ses nouveaux bâtiments inaugurés dans un climat social délétère. Peut-on bâtir un hôpital d'excellence en ignorant ceux qui en sont l'âme ?
Abdillahi Rahilie
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