La Gazette

des Comores

Genre / La présence de Sitti Farouta à un Maoulid dérange

Genre / La présence de Sitti Farouta à un Maoulid dérange © : HZK-LGDC

La première magistrate de l’île de Ngazidja a pris part à une cérémonie religieuse d’une institution de la République qui a réuni toutes les autorités du pays. Sa présence en a dérangé plus d’un. Pourtant, la République ne peut se permettre d’être exclusive.


Sitti Farouata Mhoudine qui est à la tête de l’île de Ngazidja a pris part au Maoulid de l’Armée Nationale de développement ce 28 octobre à la gendarmerie nationale, en compagnie entre autres du chef de l’Etat Azali Assoumani, de Fazul Mohamed, premier magistrat de l’île de Mwali et d’autres officiels. La ministre de la santé a également pris part à la cérémonie de célébration de la naissance du prophète Mouhammad.

 

Sitti Farouata Mhoudine, dans une robe blanche, la tête couverte, a pris place à la tribune officielle à côté de ses pairs. Il n’en fallut pas plus pour que les internautes se déchainent, « ne comprenant décidément pas comment une femme a osé se mettre au premier rang d’une cérémonie religieuse ». Facebook s’est emparé du sujet et n’a pas manqué de souligner « l’illégalité du comportement de la gouverneure », sans, pour beaucoup, qu’une seule fois, l’on dise en quoi elle avait « fauté ». Peu ont pu justifier légalement ou religieusement pourquoi sa présence dans cette assemblée était « un péché ». Certains se contentant d’un « mais qu’est ce qu’elle fichait dans une cérémonie réservée aux hommes » et autres « elle n’avait pas sa place dans une fête religieuse mais si les autorités (ici on parle des autorités mâles évidemment comme si elle n’en était pas une) en ont décidé ainsi, elle n’avait qu’à porter des habits qui répondent aux exigences de notre religion ». Par habits qui répondent aux exigences de notre religion, comprendre, il lui fallait mettre une burqa ou un hijab et ne surtout pas venir dans cette robe d’un blanc immaculé qui ne cachait rien de sa présence.

 

D’autres, préférant se complaire dans l’immuabilité supposée de notre tradition ont fait valoir que « depuis la nuit des temps, les femmes ont toujours eu une place à part dans nos maoulids. Avec l’actuel chef de l’Etat, je constate une évolution des mœurs ». Cet internaute est allé jusqu’à dire que « depuis le 25 juin 1968, il n’avait jamais vu une femme sur la même tribune (que les officiels du genre masculin, ndlr) ». A la question de savoir si nous avons déjà eu avant 2019, une femme à la tête d’une île, il nous a été répondu ceci : « nous avons eu des députées qui n’ont jamais approché la tribune officielle ».

 

D’autres, louant son courage ont tenu un tout autre discours : « ce qui me désole dans cette société, que ce soit dans nos pays ou en occident, c’est que l’homme s’approprie toujours la femme comme si c’était ‘une chose’ ; la femme doit porter tel vêtement, la femme doit enlever son foulard, la femme ne doit pas porter une jupe trop courte, la femme ne doit pas tomber enceinte parce que cela n’arrange pas l’entreprise dans laquelle elle travaille. Les femmes ont un cerveau, elles sont médecins, journalistes, avocates, militaires, militantes alors pourquoi les hommes veulent toujours décider à leur place ? ». Ou encore celui-ci qui disait que la levée de boucliers suite à sa présence dans la cérémonie était plus d’ordre « culturel que cultuel. Ce qu’Allah a voulu interdire, il l’a révélé dans le Saint Coran. Le reste, ce sont des interprétations de personnes qui doivent rendre compte comme chacun de nous. En tant ‘qu’autorité de fait’ de Ngazidja, elle était dans son bon droit et rien religieusement ne l’empêchait d’y être ».

 

Enfin, il y a ceux qui prônent encore une fois la séparation effective « de l’Etat et de la religion ».

En attendant cette laïcité que certains appellent de leurs vœux,  la  nouvelle constitution dit que «  l’Union des Comores reconnaît et garantit à la jeunesse et aux femmes le droit d’accès aux instances politiques de représentation locale et nationale ». 

 

Et dans toute autre cérémonie qui nécessite la présence de toutes les autorités de la République, qu’elle soit religieuse ou politique, Sitti Farouata Mhoudine (tout comme la députée Hadjira Oumouri et un jour peut être toutes les femmes) y aura sa place parce que la République ne peut absolument pas se permettre d’être exclusive.

 

Fsy

 

 


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